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L'Iran vu de la France : le milieu des affaires se prépare au décollage
18 June, 2016
Au menu de cette semaine du 11 au 17 juin : des conseils pour installer son entreprise en Iran, des témoignages de PME, un gros contrat avec Boeing…
Samuel Hauraix |

 « Vous êtes entrepreneur ? Et vous avez envie de vous implanter dans un marché « neuf » avec près de 80 millions d’habitants. Suivez le guide ! » C’est, en gros, le discours qui a émergé dans la presse française cette semaine. L’Express s’est d’abord demandé : « Les PME françaises doivent-elles partir à l'assaut de l'Iran ? » D’emblée, l’article prévient aux potentiels intéressés que, si l’Iran « fait saliver bien des chefs d’entreprise », le pays « n’a rien d’un eldorado. Le marché est complexe. » L’hebdomadaire en arrive à ces conclusions après un long entretien avec une responsable de la chambre de commerce et de l’industrie (CCI) d’Île-de-France. Cette même CCI avait amené dans ses valises, début juin, une quarantaine de PME en Iran.

L’obstacle principal est connu : « Les entreprises françaises ont beaucoup de mal à trouver un partenaire bancaire pour les accompagner. Il existe bien des petites banques, dans l'Hexagone, qui n'ont pas d'intérêts aux Etats-Unis et qui donc, n'ayant pas peur des amendes, acceptent d'investir. Mais elles prennent des frais très importants. » Pas de quoi entamer l’enthousiasme de certaines PME. Comme en témoigne cet article du régional normand Tendance Ouest qui s’est intéressé à une parfumerie de Rouen, du voyage avec la CCI, qui « part à la conquête de l’Iran ». « Autant de marchés prometteurs qui pourrait faire décoller La Maison de Parfums », conclut le papier qui donne le sentiment que le contrat sera signé la semaine prochaine.

Les Échos vont dans le même sens avec un article intitulé : «  Les PME tentées par les affaires avec l’Iran malgré les questions financières », et des « banquiers tétanisés et peu prêteurs ». On retrouve cette même nuance dans les témoignages recueillis, par Les Échos encore, de quatre PME « tournées vers l’Iran » : « Les obstacles demeurent. »

Malgré cela, aujourd’hui, « le monde entier se précipite à Téhéran », décrite comme une « ville plutôt moderne moderne plombée par une chaleur de 35° degrés, perpétuellement noyée sous un flot ininterrompu de voitures ». Dans l’interview de L’Express, on apprend également que « Téhéran est une ville propre, le parc automobile ne fait pas honte, les services publics fonctionnent correctement. Les choses sont plutôt organisées et structurées. » Que de bonnes nouvelles pour nos entrepreneurs.

À ce propos, « tenté par les affaires avec l’Iran ? Ce qu’il faut savoir », titre Les Échos. « Ce qu’il faut savoir », ce sont trois « choses » : « se protéger avec le droit », « faire sa « due diligence » » autrement dit s’assurer que les « partenaires iraniens ne contreviennent pas aux sanctions encore en place », et, plus compliqué donc, « trouver des moyens de paiement ».

 

Décollage immédiat pour Iran Air

Si le monde des affaires montre des envies de décollage, les avions, eux, sont déjà sur la piste. Le Parisien  informe que « 216 compagnies aériennes sur la liste noire de l'Union européenne ». Parmi elles, Iran Air qui n’est pas passé inaperçue aux yeux de l’Obs dans sa titraille : « La compagnie Iran Air de nouveau autorisée dans le ciel de l’UE. » « Depuis 2010, une grande partie des avions de la compagnie nationale iranienne figurait sur la liste noire de l'Union européenne, poursuit RFI. La compagnie Iran Air n'était pas interdite en tant que telle mais les défauts d'entretien de ses appareils les avaient fait interdire dans l'espace aérien européen. »

L’Iran a donc besoin d’agrandir, et moderniser, sa flotte. Les experts parlent de 400 avions. D’où cet « accord d’achat passé avec Boeing », dont Le Figaro se fait l’écho. Contrat dont on sait peu pour le moment. Et la presse française n’a pas creusé le sujet, puisque les rares sites relais de cette information se sont contentés de la même dépêche AFP.

 

Plainte à la CPI

« L’Iran a déposé une plainte devant la Cour internationale de justice (CIJ) », nous apprend Le Monde , qui cite l’AFP. Le pays exige le déblocage de ses fonds gelés par les États-Unis. Cette plainte fait suite à la décision de la Cour suprême de saisir deux milliards de dollars pour dédommager les familles de victimes d’attentats imputés à Téhéran. Pour Les Échos, c’est là le signe que la « longue marche des Iraniens en vue de leur réintégration internationale s’avère secouée de cahots ». L’article fait un parallèle entre cette plainte, et l’autorisation pour Iran Air de voler en Europe (lire plus haut). « Un pas en avant avec les Européens, un en arrière avec les Américains. »

À lire, voir, écouter également

Le magazine Society, dans sa dernière édition papier, consacre un long papier titré « Mariés à tout prix », avec la manchette en Une « Speed dating en Iran ». Il s’intéresse aux agences matrimoniales et aux sites de rencontres que les dirigeants iraniens « ont laissé se développer ces dernières années ». « Efficace ?, questionne le chapeau de l’article. Pas vraiment. Au pays des ayatollahs, les temps ont vraiment changé. »

Autre contenu peu repris : « Le salaire des haut dirigeants font scandale », rapporte France TV. Il est question du salaire de membres « des entreprises et des administrations, parfois jusqu’à cent fois supérieurs au salaire de base ».

Le magazine du Monde, dans son édition papier et numérique, titre « L’embellie du cinéma iranien ». Ce (court) état des lieux fait écho au récent Festival du cinéma iranien qui s’est tenu il y a quelques jours à Paris.

Autre volet culturel mis en avant cette semaine : la musique. Euronews consacre un beau portrait vidéo de Darya Davdar, « la soprano qui jette des ponts entre l’Iran et l’Occident », une femme capable de chanter… en 12 langues !  

« Une Irano-britannique accusée d'avoir voulu renverser le régime. » C’est le titre de la même dépêche AFP reprise par 20 Minutes et Le Point , où il est question de Nazanin Zaghari-Ratcliffe. Selon le communiqué des Gardiens, cette employée de la Fondation Thomson Reuters, emprisonnée depuis le 3 avril, préparait un renversement « en douceur » de la République islamique.

Une très courte dépêche AFP reprise par Le Figaro  nous apprend que « cinq "rebelles" kurdes » ont été tués par les Gardiens de la révolution dans une région frontalière avec le Kurdistan irakien. Une autre dépêche sur le même site, rapporte que le pays a condamné l’attaque terroriste dont Orlando et son club gay Pulse ont été les victimes. À noter que le site du Figaro a été le seul à relayer cette info.

Le renversement du Shah, lui, est à l’honneur sur France Inter qui consacre un long format (54 minutes) sur la Révolution de 1979 dans le cadre de l’émission Affaires sensibles. Un flash-back historique très classique, et bien raconté. Dans la continuité, la seconde partie est consacrée à l’arrivée de Ayatollah Khomeiny au pouvoir.

Enfin Rue89, partenaire des Lettres Persanes, a publié notre article consacré à ces internautes, Iraniens ou pas, qui se battent contre l’ « iranophobie », tentent de montrer un « autre Iran » via leurs publications sur les réseaux.

 

Samuel Hauraix (@shauraix)

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