Revue de presse francophone
L'Iran vu de la France : hommage unanime à maître Kiarostami
09 July, 2016
Au menu de cette semaine du 2 au 8 juillet : le déferlement médiatique après le décès de l’une des figures majeures du cinéma Abbas Kiarostami, la relation franco-iranienne, du sport, de la culture…
Samuel Hauraix (@shauraix) |

Un raz-de-marée, comme la lessiveuse médiatique sait si bien provoquer. Voilà le traitement qui a été réservé à Abbas Kiarostami et l’annonce de sa mort en début de semaine. Un emballement à la hauteur de ce mythe du cinéma iranien. À l’instar du décès de Michel Rocard survenu quelques jours plus tôt, on doute qu’une seule rédaction française, qu’elle ressorte de la presse généraliste, culturelle voire même people, ait fait l’impasse sur l’événement. Car c’est presque en centaines qu’on compte le nombre de contenus produits.

Dans son édition papier Le Monde n’a pas hésité à afficher (en petit certes) en une « l’âme du cinéma iranien ». À l’intérieur, une double page complète. Un premier papier est titré « Abbas Kiarostami, emporté par le vent », en référence à son célèbre film « Et le vent nous emportera » (1999). Cette formulation est reprise dans de nombreux titres de la presse. Le journaliste du quotidien du soir déplore « une perte majeure, celle d’un immense artiste qui aura marqué d’une emprise indélébile l’histoire du cinéma mondial ». L’auteur revient sur tout le parcours du réalisateur, jusqu’à 1997, quand « arrive ce qui devait arriver : Le Goût de la cerise (1997) remporte la Palme d’or au Festival de Cannes ». Arte a bousculé ses programmes pour diffuser le chef-d’oeuvre, en visible en streaming ici, jusqu’au 14 juillet. C’est d’ailleurs avec ce film qu’il « invente un dispositif majeur pour son œuvre, et au-delà, pour le cinéma iranien jusqu'à aujourd'hui : la « voiture studio » », note Télérama.

L’annonce n’a pas manqué de faire réagir la scène politique, ainsi que le monde du cinéma, évidemment. Le Figaro regroupe une bonne partie de ces réactions en titrant : « Le monde du cinéma pleure sa perte ». On y apprend par exemple que Marjane Satrapi n’aurait « jamais pu faire Persepolis sans lui ». D’autres réactions sont compilées par Libération, notamment celle de Juliette Binoche, héroïne de « Copie conforme », l’un des derniers Kiarostami. Le travail de « la figure de proue de la nouvelle vague iranienne » a influencé bon nombre de cinéastes actuels poursuit Jean-Michel Frodon, un historien du cinéma, questionné par France Inter.

Réactions multiples à l’intérieur du pays

 Ce même spécialiste de la question va plus loin dans une très longue et complète nécrologie parue chez Slate, dans laquelle il est notamment question de « la relation essentielle de Kiarostami à la politique ». La sphère du pouvoir iranien y est également allé de sa réaction. « Les autorités iraniennes rendent hommage à Abbas Kiarostami », titre par exemple le blog spécialisé du Monde qui cite Mohammad Javad Zarif, Ali Jannati… « Ces mots sont d’autant plus significatifs qu’Abbas Kiarostami n’a jamais fait partie du cercle proche du pouvoir », commente l’auteur.

«  Hommages à un cinéaste censuré », titre de son côté, non sans éloquence, Libération. Même ton pour France 24 : « Le gouvernement iranien encense Kiarostami, interdit de tourner de son vivant ». « Un cinéaste peu projeté en Iran », dit le Courrier International qui s’intéresse à comment la presse iranienne a traité la nouvelle. Dans une autre revue de presse, faite par Le Monde cette fois, on apprend que « fait rare, quatre quotidiens iraniens, bouclés bien avant l’annonce de sa mort, ont décidé de sortir une deuxième édition ». « L'Iran salue l’ « avant-gardiste » Kiarostami », titre encore RFI. Mariam Pirzadeh de France 24 dit même que « c’est un peuple tout entier qui est en deuil, comme s’ils avaient perdu quelqu’un de leur famille ».

Le réalisateur laisse derrière lui un « corpus immense, aussi singulièrement persan qu’’universellement perçant », formule Les Inrocks. Malgré la densité de l’oeuvre, Libération sort une brève compilation de cinq films. Tandis que Le Monde, en vidéo, se demande « comment reconnaître un film de Kiarostami au premier coup d’œil » : plan large, utilisation de la voiture, porosité entre le documentaire et la fiction…

Autre angle, peu choisi par la presse français, pris par Libération : « Kiarostami, photographe de l’infra-mince ». Oui car l’homme de cinéma était aussi photographe. Sa photographie « fuit le spectaculaire et ne s’encombre pas d’une foultitude de détails ».

Spéctaculaire, la couverture médiatique de son décès, justement, n’a pas fait dans le détail.

 

À lire, voir, écouter également

Le « scandale » des salaires des hauts responsables qui « ébranle le gouvernement », dont une partie de la presse se fait l’écho depuis plusieurs semaines déjà, refait surface du côté du journal La Croix. « Même l’Iran n’y échappe pas », démarre l’article.

Autre sujet repris par la presse : le « Hulk iranien ». Le labo désintox de France24 a tenu à rétablir une vérité à propos de Sajad Gharibi, superstar de la toile aujourd’hui : « Le "Hulk" iranien prêt à combattre l’EI ? N’importe quoi ! » En se basant sur ses déclarations, le papier démontre qu’il n’a jamais revendiqué son envie d’aller combattre en Syrie.

Dans un tout autre registre, Iran et Syrie justement, sont « face-à-face »… au festival d’Avignon comme titre L’Express. Dans l’article, il est question de deux « pièces engagées » présentées à l’événement théâtral. La composition iranienne, quasiment 100% féminine, l’oeuvre de l’auteur et metteur en scène iranien Amir Reza Koohestani, est intitulée « Hearing ». Libération a tenu un entretien avec lui pour évoquer cette pièce « vénéneuse et piégeuse ».

La culture iranienne sait aussi se mettre au diapason de l’actualité. RTL nous rapporte que «  l'ambassade d’Iran (à Paris) offre à la France un tapis persan... aux couleurs de l’Euro ». L’idée étant de « célébrer les relations franco-iraniennes ».

Pour les relations bancaires en revanche, les choses semblent plus compliquées. Challenges a publié une tribune de Kourosh Shamlou, avocat au barreau de Paris, pour tenter de comprendre « les raisons du blocage ». Il y est bien évidemment question de la « peur des sanctions américaines ».

Le rapprochement entre les deux pays peut aussi prendre une tournure plus symbolique. Cette dépêche AFP reprise par Le Parisien en est la preuve. On y apprend qu'une « vingtaine de Français et d'Iraniens ont célébré cette semaine le rapprochement économique et humain entre Paris et Téhéran en gravissant ensemble le plus haut sommet d’Iran, le Mont Damavand. »

Et puisqu’il est question d’ascension, on vous recommande la courte vidéo mise en ligne par le Huffington Post à propos d’une « championne iranienne qui grimpe des murs d'escalade à une vitesse impressionnante ». « Aussi rapide que Spiderman », nous dit-on.

Les basketteurs iraniens, emmenés par la star Hamed Haddadi, sont moins en verve qu’elle. Battu de très peu par le Mexique, l’Iran est éliminé du fameux « TQO », tournoi qualificatif olympique, rapporte l’Équipe. Pas de Rio cet été donc pour le pays qui visait une première qualification.

Une non-qualification qui ne devrait pas contenter plusieurs représentantes du droit de la femme. Dans une tribune publiée chez Libération, elles réclament purement et simplement l’exclusion de l’Iran, et de l’Arabie saoudite, des prochains JO. Raison invoquée : le « strict apartheid sexuel n’ayant rien à envier à l’apartheid racial de l’Afrique du Sud ».

En parlant d’Iran et d’Arabie saoudite, on sait à quel point les relations entre les deux pays sont tendues. Ce qui n’a pourtant pas empêché le premier d’être « solidaire après les trois attentats » survenus chez le second, nous apprend Libération. « L’Iran, grand rival régional de l’Arabie saoudite, a condamné fermement le terrorisme », poursuit France24.

Cette semaine, l’Iran a également été touchée par les flammes. Pas par celles du terrorisme, mais d’un « gigantesque incendie dans une usine pétrochimique ». Les images reprises par BFMTV parlent d’elles-mêmes.

Enfin, une dépêche AFP, citée par L’Express, note que « des dizaines de milliers d'Iraniens ont manifesté à Téhéran contre Israël et en solidarité avec les Palestiniens lors de la traditionnelle "Journée de Jérusalem", un général iranien menaçant l'Etat hébreu d'un déluge de missiles. »

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