Chaque semaine, « Lettres Persanes » vous propose une revue de presse complète de l'actualité iranienne traitée par les médias français (et parfois francophones).
La bruyante expulsion d’un étudiant iranien handicapé
02 August, 2016
Au menu de cette semaine du 23 au 30 juillet : expulsion d’un étudiant iranien handicapé, le voile porté par les hommes, pénurie de paraboles
Samuel Hauraix (@shauraix) |

La situation de Mossen Hagbin, étudiant iranien habitant Limoges a beaucoup été évoqué par différentes strates de la presse, du local au national. « L’étudiant iranien expulsé autorisé à revenir en France », titre par exemple France 3 Limousin. Sud Ouest se montre encore plus vindicatif dans sa titraille : «  La justice ordonne à l'Etat de rapatrier un étudiant iranien malade, expulsé à tort ». Ce jeune homme, gravement malade, ne peut pas être soigné dans son pays. Une « maladie très grave et invalidante » selon les sources citées par le papier. Âgé de 26 ans, Mohsen Haghbin était entré régulièrement en France en 2013 pour étudier le droit à l'université de Limoges. Pourtant, en 2016, la préfecture de la Haute-Vienne a refusé de lui renouveler son titre de séjour au motif qu’il n’avait pas obtenu ses examens. Une expulsion « grossièrement illégale » qualifie son avocat cité par Europe1.

Si lui devrait quitter l’Iran pour un retour en France d’ici peu, plusieurs Britannico-Iranien, eux, restent détenus au pays. C’est ce que rapporte le quotidien Libération en évoquant le sort de Kamal Foroughi et Nazanin Ratcliffe, emprisonnés à Téhéran. Une situation entre « espoir et inquiétude », commente la journaliste. 

Sur ce même sol iranien en revanche, peu de chance de croiser… des membres d’Al-Qaïda. C’est ce qu’ont affirmé les autorités, citées par BFM, accusées par les États-Unis d’héberger trois membres de la mouvement djihadiste.

Le voile de solidarité en tête

L’image vient sans doute de faire le tour du monde. On y voit une femme souriante, cheveux longs détachés, et nus surtout, posant à côté d’un ami ou compagnon qui lui… porte le voile. C’est le cliché, ô combien symbolique, choisi par Le Point pour illustrer son papier sur ces « hommes [qui] mettent le voile en soutien aux femmes, pour dénoncer le port du voile obligatoire » pour ces dernières. « C’est la journaliste et activiste iranienne Masih Alinejad, exilée à New York, qui est à l’initiative de ce mouvement », raconte Direct Matin. Cette campagne a un nom : « My stealthy freedom » (« Ma liberté furtive »), et a émergé avec le hashtag #meninhijab. BFM n’hésite pas à mettre en exergue le témoignage d’un homme porteur de hijab : « Comme s'ils avaient hypnotisé nos cerveaux avec un bout de tissu noir. » Les « rôles [sont] inversés » comme le dit la chaîne d’info continue.

Le Point encore, développe un peu plus le sujet, et rappelle que le voile est « un sujet polémique ». L’hebdomadaire fait référence à de récentes protestations exprimées par la ministre français du Droit des femmes, Laurence Rossignol, ou encore la philosophe Élisabeth Badinter. L’auteur conclut avec ce commentaire prédicateur teinté de pessimisme : « En République islamique d'Iran, les choses ne risquent pas de bouger de sitôt, sauf si le ras-le-bol général des jeunes parvient à faire évoluer les mentalités plus rapidement. »

Le militantisme pour la cause féminine a également noirci les colonnes de journal Le Monde. Dans son édition papier, daté au lundi 25 juillet, l’avocate iranienn Shirin Ebadi, se prête au « jeu » d’une interview d’été. L’exercice consistant à démarrer l’échange par « Je ne serais pas arrivée là si… ». L’ancienne Prix Nobel de la paix (2003) ne serait pas ce qu’elle est si elle n’était « pas née dans une famille musulmane iranienne très moderne. Mes parents étaient ouverts et tolérants à l’égard des autres. » Il est également beaucoup question de sa fille amenée à devenir avocate également.

Pénurie de paraboles 

Autre « espèce » en passe de devenir rare en Iran : les antennes paraboliques. « Contre la décadence, 100 000 antennes paraboliques détruites », titre le régional Ouest-France, qui fait état d’une « chasse à la télévision par satellite initiée par les autorités iraniennes ». « À bas la télévision par satellite ! » Des décodeurs « détruits à coup de pelles mécaniques lors d'une cérémonie officielle en présence du chef du Bassidj, la fameuse milice de volontaire islamique », précise RFI. « Une action, d'un autre âge à l'ère d'internet, qui révèle les tensions entre l'armée d'élite du régime et la présidence dite modérée de Rohani », commente pour sa part le site de France TV qui en a fait sa photo du jour.

Les images du lac d’Ourmia sont visuellement tout aussi impressionnantes. Le site spécialisé Sciencepost  consacre un court article sur l’évolution du lac salé. Photos satellites à l’appui, il montre comment « ce lac a viré à la couleur rouge en seulement quelques mois ».

À lire, voir, écouter ailleurs 

Un papier de TV5Monde où il est question de la présence de l’Iran en Afrique, et les « relations stratégiques » qu’entretiennent ces deux coins du monde.

Le journal Les Échos nous informe que Rohani vient de plafonner les salaires des fonctionnaires. Terminés les « salaires astronomiques » et le « scandale » qu’ils ont provoqué.

Grâce à une dépêche AFP relayée par Le Figaro, on connaît la date de la prochaine présidentielle : ce sera le 19 mai 2017. Depuis la révolution islamique de 1979, tous les présidents sortants ont été réélus pour un second mandat.

 « L'Iran condamne l'assassinat d'un prêtre en France et d'un enfant en Syrie », note un article de BFM. Téhéran a fait un parallèle entre ces deux événements survenus dans la même semaine.

Enfin Le Monde consacre un papier à l’une des applications stars du moment, et tristement connue par son utilisation par les djihadistes de Saint-Etienne-du-Rouvray : Telegram.

« En Iran, le service s’est imposé comme l’un des principaux canaux d’information : les Iraniens l’utilisent à la fois pour discuter et pour s’informer sur l’actualité, en s’abonnant à des « chaînes » qui ne sont pas censurées comme le sont Facebook ou Twitter. »

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