Revue de presse francophone
L'Iran vu de la France : une semaine à la « gloire » d’une rançon de 400 millions de dollars
06 August, 2016
Au menu de cette semaine du 31 juillet au 5 août : une rançon de 400 millions de dollars, le vrai-faux hacking de Telegram, les profits toujours attendus de l’accord sur le nucléaire…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: Mehr News

 

 Un drôle de feuilleton a occupé la presse française cette semaine. Tout est parti des révélations du Wall Street Journal, selon lesquelles les États-Unis auraient envoyé… 400 millions de dollars en Iran. Une rançon qui aurait permis la libération de cinq Américains. Information crédible ? « Les Etats-Unis ont-ils payé une rançon de 400 millions de dollars à l’Iran ? », s’interroge d’emblée Le Monde. Prudent, le quotidien du soir souligne que « Washington a rapidement démenti, tout en confirmant le versement » ! En fait, cette somme « correspond officiellement au remboursement d’une dette américaine remontant à avant la Révolution islamique de 1979 ». La temporalité pose tout de même question. L’argent a été versé en janvier 2016, alors même que les deux pays procédaient à un échange de prisonniers, qui permis notamment à la libération de Jason Rezaian, le correspondant du Washington Post.

Ce qui fait dire à France Info que cette « coïncidence de date pose problème ». « S'agit-il d'une rançon comme le disent les Iraniens ? La Maison Blanche dément sans dissiper totalement le trouble. Et puis il y a la question du versement en liquide », soulève le site de la radio. Pour l’Obs, il s’agit là d’un « mystérieux versement en liquide », évoquant même un « scénario digne d’un film d’espionnage ». L’article s’intéresse à l’impact aux États-Unis car « l'affaire fait polémique en pleine campagne électorale ». L’hebdomadaire estime que « cette annonce sonne comme un nouveau scandale pour le Parti démocrate », dont le candidat républicain, Donald Trump, a bien l’intention de tirer parti. Ce dernier a crié au « scandale » avant de faire un pas en arrière. « Dans un mea-culpa rare, écrit L’Express, Donald Trump a dit s'être trompé au sujet d’images montrant "de l'argent se déverser d'un avion", ce qui attestait » le versement de la somme.

Quoiqu’il en soi, l’administration américaine persiste. « Nous ne payons pas de rançon pour des otages », signe Barack Obama, cité dans une dépêche AFP reprise par Le Figaro. Une chose est sûre : « Washington a bien versé 400 millions de dollars en liquide à l’Iran », titre France 24. Un drôle de poker menteur dont on ne connait pas vraiment le vainqueur.

Vrai-faux hacking de Telegram ?

Les Américains n’ont pas eu le monopole du démenti cette semaine. Les responsables d’une application bien connue en Iran y ont également eu recours : l’inévitable Telegram, utilisée par 20 millions d’Iraniens. « Telegram victime du piratage de 15 millions de comptes en Iran », titre d’abord Le Figaro. Information d’autant plus surprenante que la messagerie est « réputée pour son inviolabilité ». Alors « qui se cache derrière les hackeurs ? », questionne Libération. Le papier, plutôt technique, avance que « les pirates se seraient introduits dans une des brèches de la messagerie : son système de vérification par SMS », et dit « le régime est pointé du doigt ».

Sauf que dans la foulée, Telegram dément tout simplement avoir été piraté. « L'application de messagerie instantanée nuance la gravité des faits. Elle admet que des comptes individuels ont été compromis, mais par des vulnérabilités qui ne sont pas de son fait », note le site spécialisé Numerama. Un site selon lequel « le pays risque de durcir sa politique dans les mois à venir. Le conseil suprême du cyberespace a fixé un ultimatum aux messageries, en leur laissant un an pour stocker en Iran les données des Iraniens. »

À qui profite l’accord sur le nucléaire ?

Un ultimatum d’une toute autre nature pourrait voir le jour, plus d’un an après avec la signature de l’accord historique sur le nucléaire. Quelles retombées concrètes pour les Iraniens jusqu’ici ? Ces retombées ne se feront sentir qu’à la condition d’un respect des engagements de Washington. Or pour Téhéran, ils ne les ont « pas totalement » tenu, comme le titre Le Figaro. « Le guide suprême Ali Khamenei se distancie de l'accord nucléaire », titre même Atlantico. Cité, le guide voit en l'accord « un exemple de la futilité des négociations avec les américains ». Une sortie qui « montre la dissatisfaction (sic… en français « l’insatisfaction ») de l’Iran ». Obama, mentionné par Reuters et repris par Boursorama, pense tout le contraire. Et parle d’un accord « qui a fonctionné exactement comme nous avions dit qu’il allait fonctionner ».

Pourtant, la concrétisation pour les entreprises peine à dessiner. Nouvel exemple avec ce titre de Capital : « Faire du business avec l’Iran, un vrai chemin de croix ! » Le mensuel économique « souhaite bien du plaisir » aux entreprises qui souhaiteraient investir « au pays des mollahs ». Le très long papier, aéré par de nombreuses vidéos, décrit un pays aux « infrastructures hors d'âge, usines obsolètes, autos brinquebalantes, flotte d'avions dépassée et ses 80 millions d'habitants avides de consommer », et dont le « budget n'est pas accro à la drogue dure des revenus du pétrole, pour la bonne raison qu'il n'avait pas le droit d'en vendre à l’étranger ».

Plus loin dans cette enquête, sans queue ni tête, l’auteur ajoute que « la patrie de l'ayatollah Khomeiny est moins archaïque qu'on ne l'imagine. Vous avez en tête la nation rigoriste et austère, décrite par Marjane Satrapi dans "Persepolis" ? Certes les tchadors noirs sont encore omniprésents dans les quartiers sud de la capitale, et il est impossible de prendre ne serait-ce qu'une bière en terrasse. Mais en poursuivant vers le nord de la ville, sur les trottoirs de l'avenue Vali-Asr, le voile, posé négligemment en arrière des cheveux, devient un accessoire de mode. Les belles de Téhéran portent jean de marque et hauts talons ».

Un ton… assumé et pour le moins déroutant. Autrement plus mesuré, l’Opinion revient également sur le volet économique de l’accord. Le quotidien éco se demande « si les ventes à l’Iran potentiellement bloquées par les républicains américains ? » Au moins que ce ne soit… une ONG américaine qui s’est mêle. Selon Le Parisien, « une étrange ONG américaine menace les entreprises françaises en Iran ». L’United Against Nuclear Iran est « suspectée d'être l'arme secrète des Américains pour torpiller les entreprises européennes, en particulier françaises » à coup d’ « intimidations, menaces, diffusions de fausses informations, espionnage… »

L’accord nourrit malgré tout bon nombre d’espoirs. Y compris pour les Français vivant sur place. FranceInfo est allé là-bas pour interroger ces derniers. Le titre de l’émission est éloquent : « Iran, année zéro ». France Culture consacre, elle, près d’une heure aux « défis de l’Iran » avec Bernard Hourcade, ancien Directeur de l’institut français de recherche en Iran.

La presse s’est enfin fait l’écho de plusieurs exécutions. « On achève bien les gays dans la République islamique d’Iran », lâche par exemple l’Obs à propos d’un homosexuel pendu. Aussi, « l'Iran a exécuté, en une seule journée, 20 membres d'un groupe présenté comme terroriste, poursuit RFI. Ces rebelles sunnites étaient accusés de meurtre et d'avoir menacé la sécurité nationale. » Une « vague d’exécutions dénoncée par l’Onu », rapporte le quotidien régional Ouest-France, selon qui, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme doute sur « l’impartialité de leur procès ».

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