Revue de presse francophone
L'Iran vu de la France : l’application star « Pokemon Go », interdite, fait parler
14 August, 2016
Au menu de cette semaine du 6 au 13 août : l’interdiction de Pokemon Go, les stars des JO, l’exécution d’un scientifique nucléaire…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: pendar.news

Cela fait des semaines maintenant qu’elle occupe toutes les strates de l’espace médiatique. C’est l’application « superstar » du moment : Pokemon Go. L’Iran n’échappe pas à ce phénomène planétaire. La presse française, y compris médias et sites spécialisés, s’est penchée sur la déclinaison locale du jeu, du fait… de son interdiction dans le pays. « Pokémon Go banni en Iran », titre simplement l’Express, en démarrant son papier avec ce constat : « L’Iran est désormais le premier et unique pays à avoir interdit [son] utilisation. » Cause invoquée : « Raisons de sécurité », comme le relaie BFMTV, reprenant également l’AFP. Et poursuit : « Le Haut conseil du cyberespace iranien a évoqué des problèmes liés à la sécurité nationale : la plate-forme permet la géolocalisation des utilisateurs et peut être utilisée, selon l’autorité, à des fins d’espionnage. » 

20 Minutes préfère titrer sur le fait que « malgré l’interdiction, les jeunes chassent les Pokémon ». Comment s’y prendre ?

« De nombreux joueurs continuent à s’y connecter en utilisant des VPN (réseaux privés virtuels), qui permettent de contourner la censure, détaille Le Monde. Disponibles dans la plupart des magasins d’informatique, les cartes VPN permettent d’accéder à Facebook, YouTube ou d’autres sites interdits pour seulement 2 dollars par mois. »

Sur le sujet, l’hebdomadaire Le Point a cette formule : « Attrapez-les tous »… mais pas n’importe où. »

iPhone légal ?

 La photo de joueurs Pokemon Go est utilisée pour illustrer une information connexe : la légalisation de la vente d’iPhone. « Le ministère iranien du Commerce a demandé la délivrance à neuf compagnies iraniennes de licences pour importer des iPhone », informe Le Figaro, selon qui le nombre de téléphones à la pomme croquée s’élèverait à 12 millions dans le pays. Éternel bémol avec ce genre d’annonce :

« Une fois les licences délivrées, les compagnies devront s'accommoder des sanctions américaines, qui les écarte du système bancaire international et pourrait les empêcher d'acheter véritablement des iPhone. »

 Des sanctions américaines directement liées au respect, ou non, de l’accord sur le nucléaire. L’accord a refait surface cette semaine avec les sorties médiatiques du ministre israélien de l’Énergie. Le titre d’Europe 1 est pour le moins saisissant : « L'Iran respecte l'accord sur le nucléaire, d'après Israël ». Le ministre en question, Youval Steinitz, parle malgré tout d’ « un mauvais accord », avec lequel « il est encore trop tôt pour conclure » qu’il s’agisse d’un « succès ». Ces déclarations font suite à « un sérieux couac » survenu quelques jours plus tôt. Le Point s’est fait l’écho des mots d’Avigdor Lieberman, le ministre israélien de la Défense. Ce dernier a qualifié l’Iran d’ « État terroriste », et comparé l’accord avec… celui de Munich, signé avec les nazis en 1938. Bref, les relations diplomatiques entre les deux pays « ne risquent pas de s’améliorer de sitôt » dit l’hebdomadaire.

Quid des relations États-Unis/Iran d’ailleurs, avec le départ prochain de Barack Obama ? C’est tout l’objet d’une interview dense, menée par l’Obs, de Bernard Hourcade, spécialiste reconnu du pays. Ce dernier prédit un avenir « difficile » pour ces relations bilatérales :

« Donald Trump n’est pas le premier à être anti-iranien. […] Néanmoins, Hillary Clinton est l’une des plus sévères. Alors qu’elle n’était que secrétaire d’Etat, elle aurait été prête à aller jusqu’à la guerre avec l’Iran. Ce n’est que l’arrivée de John Kerry qui a permis de pacifier quelque peu les relations. Autant vous dire, si Clinton est présidente, ça ne sera pas le printemps avec l’Iran. »

Le chercheur évoque également la question des avoirs iraniens, et le « 1,7 milliard de dollars […] qui devait être versé à l’Iran ». Le Point, avec l’AFP, nous apprend à ce sujet qu’un certain Mahmoud Ahmadinejad a écrit une lettre ouverte à Obama pour demander la restitution de ces avoirs. Signe que « même à distance du pouvoir, Mahmoud Ahmadinejad tente encore de mettre la pression sur les États-Unis ».

Exécution hyper commentée et questionnée 

Il n’est pas certain que ces relations tendent à plus de réchauffement avec l’autre information hyper relayée de la semaine : l’exécution d’un scientifique nucléaire. « L’Iran pend un scientifique accusé d’être un espion du « grand Satan » », titre Euronews. Et précise :

« Shahram Amiri avait été au coeur d’une affaire mystérieuse où la CIA était accusé d’enlèvement. »

D’où les « zones d’ombre » de l’histoire évoquées par l’Obs, qui parle d’une « affaire rocambolesque », « digne des meilleurs films d’espionnage modernes ».

Ce n’est pas trop de le dire. L’article, très fourni, remonte tout le récit : de sa disparition après son pèlerinage à La Mecque en 2009, son prétendu enlèvement par la CIA, son retour triomphal en Iran puis sa condamnation… Et énumère les questions toujours sans réponses :

« Shahram Amiri a-t-il été - ou s'est-il senti - obligé de mentir pour garder la face et celle de son pays lors de son retour ? Pourquoi a-t-il été accueilli en héros si l'Iran savait qu'il avait été un agent double ? Les Etats-Unis et l'Iran ont-ils conclu un accord pour la sécurité du scientifique, qui aujourd'hui s'est révélé caduc ? Pourquoi sa condamnation à mort n'a jamais été prononcée avant son exécution ? »

De son côté, France 24 rappelle que Sharam Amiri a souhaité rentrer en Iran pour revoir son fils : « Le scientifique finira par embrasser son fils à son arrivée à l’aéroport de Téhéran. Une image reprise en boucle par les médias du pays. »

Autre image symbolique, datant de cette semaine elle, celle de la poignée de main entre Mohammad Javad Zarif et le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu. Euronews rapporte que, parmi les sujets de discussion, il a été question de la guerre en Syrie. En dépit de « divergences » (l’Iran est pro-Assad, contrairement à la Turquie), « les deux hauts-diplomates ont dit vouloir mieux coopérer pour trouver une solution à ce conflit ». Le Monde publie une tribune, signée Suheir Atassi (membre du Haut Comité des négociations (HCN), membre de l’opposition), qui estime au contraire que « la solution à la crise en Syrie passe par l’éviction de l’Iran ».

Une éviction d’un tout autre genre a fait réagir cette semaine : celle du vélo, dont la ville de Marivan, à l’ouest de l’Iran, tente d’interdire l’usage aux femmes. Les « Observers » de France 24 font le récit d’une manifestation pour protester contre cette décision des autorités locales. L’article s’appuie sur un long témoignage d’un habitant.

Un mot de sport pour finir, avec les Jeux olympiques de Rio, où certains iraniens brillent. C’est le cas de l’haltérophile Kianoush Rostami, qui a empoché une médaille d’or chez les moins de 85 kg, « soulevant 179kg à l'arraché et 217kg à l'épaulé-jeté, établissant ainsi le nouveau record du monde avec un total de 396kg ! », s’enthousiasme le site sport.fr.

Les volleyeurs iraniens, en passe de se qualifier pour les quarts de finale, font également parler d’eux. Le Monde consacre d’ailleurs un portrait du capitaine star de l’équipe, « Saeed Marouf, l’Iranien aux mains d’or ».

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