Revue de presse francophone
« Une leçon de Realpolitik » : la relation avec la Russie observée de près
19 August, 2016
Au menu de cette semaine du 13 juillet au 19 août : la Russie frappe la Syrie depuis l’Iran, exploits, polémique et militantisme aux JO, les « Nutella Bars »…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: neshanonline.ir

 C’est une nouvelle étape du conflit dans lequel la Syrie est enlisée depuis plus de cinq ans. Deux de ses acteurs, l’Iran et la Russie, viennent de renforcer leur alliance sur le terrain. « La Russie frappe désormais la Syrie depuis l’Iran », informe dans son titre le site Géopolis de France TV. Information détonante, car selon l’article, c’est tout simplement « la première fois dans l’histoire de la République islamique, [qu’] une puissance militaire étrangère est autorisée à stationner sur son territoire ». Interrogé par Géopolis, le spécialiste Thierry Coville nuance :

« Officiellement, il ne s'agit pas d'une base russe car la Constitution iranienne interdit le stationnement de militaires étrangers sur son sol. Mais Téhéran contourne la difficulté en autorisant les avions du Kremlin à se réapprovisionner en carburant. »

Dans son papier, Le Monde confirme qu’il s’agit bien là d’ « un pas supplémentaire dans leur coopération », d’autant que du côté russe, on « n’avait encore jamais utilisé une base aérienne extérieure autre que celle dont elle dispose en Syrie ». Seulement, « que va changer l’installation d’une base russe en Iran ? », s’interroge La Croix. Pour Julien Nocetti, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri), cité par l’article,

« la coopération militaire grandissante entre la Russie et l’Iran est une « mesure de confiance » entre les deux pays ». « Cela dit, tempère-t-il, on ne peut pas parler de vraie stratégie planifiée de la part de la Russie mais plutôt d’une habileté à tirer parti d’opportunités tactiques. »

 

« Une leçon de Realpolitik »

 Autre questionnement soulevé par Libération : « Pourquoi l’Iran autorise l’usage de ses bases à la Russie ? » Selon l’auteure, l’objet de cette « annonce surprise », cette « propagande » même, est d’abord de « frapper les esprits ». Aussi, cette « nouvelle alliance militaire entre Moscou et Téhéran permet aux deux plus fidèles soutiens du régime de Bachar al-Assad d’afficher leur détermination à détenir les clés d’une solution. C’est l’occasion aussi pour la Russie de vouloir montrer son efficacité dans la lutte contre le terrorisme en prenant l’initiative et en choisissant ses bons alliés. »

Côté russe encore, France 24 a interviewé Pierre Lorrain, journaliste spécialiste du pays. Pour lui, « voir la Russie de Vladimir Poutine s’allier avec un régime théocratique chiite n’est pas si étrange : c’est une leçon de Realpolitik, dictée par un contexte concret, puisqu’ils combattent le même ennemi, à savoir l’ensemble des groupes extrémistes qui luttent contre le président Bachar al-Assad ». Le volet politique est également mis avant par Euronews, selon qui cette alliance « représente un avantage tactique et logistique certain pour la Russie, mais l’intérêt premier est bien évidemment politique. » En s’affichant ainsi, « l’Iran sort davantage de l’ombre », tandis que pour la Russie, « c’est un retour en force au Moyen-Orient qui se joue. L’Iran chiite ne sera a priori jamais une menace pour ses intérêts, notamment dans les ex-républiques du Caucase, sunnites. »

 Euronews va même plus loin en voyant l’émergence « inédite » au Moyen-Orient d’un axe Russie-Iran-Turquie :

« La Russie a tout à gagner d’un axe fort, formé avec les deux puissances régionales, l’Iran et la Turquie. Le tout bien sûr pour contrer l’influence américaine. »

Reste à savoir si la présence russe ne constitue pas une atteinte à l’embargo iranien sur les armes. Moscou s’en est défendu, rapporte à nouveau Euronews.

 

Sur et en dehors du terrain, le sport dans tous ses états

 Loin, très loin de ces considérations géopolitiques, à plus d’une dizaine de milliers de kilomètres, les athlètes iraniens continuent faire parler d’eux, aux JO de Rio. Si les vedettes du volley-ball ont terminé leur parcours en quart de finale face à une Italie « impressionnante », qualifie Le Figaro, les haltérophiles poursuivent leur chasse à la médaille. Sohrab Moradi s’est imposé dans la catégorie des 94 kg « pour donner à l'Iran sa deuxième médaille d'or dans ce sport », informe L’Express. Behdad Salimikordasiabi, surnommé l’ « Hercule iranien », n’a pas connu le même sort. Sa tentative à l’épaulé-jeté à 245 kg (!) a été « validée, puis invalidée », rapporte Europe 1, qui titre sur « l'haltérophilie iranienne [qui] crie à la conspiration ». Si bien que, selon 20 Minutes, « le site de la Fédération internationale d’haltérophilie a été hacké dans la minute ».

Pas de contestation possible en revanche pour la taekwondiste de 18 ans, Kimia Alizadeh, qui empoche la médaille de bronze. Il s’agit d’une « pionnière, dit le blog du Monde, car elle est la première femme de l’histoire de l’Iran à gagner une médaille aux JO. »

Mais c’est une autre femme qui a déclenché une véritable déferlante médiatique à Rio. Une femme… au bord des terrains de volley. Son nom : Darya Safai, une militante iranienne des droits féminins. Ou « la femme derrière la banderole ‘Laissez les Iraniennes entrer dans leurs stades’ », comme la décrit Madame Figaro. Le magazine revient brièvement sur le parcours de cette « militante pacifique belgo-iranienne ».

Son action, relayée par plus d’une dizaine de médias français, a eu d’autant plus d’écho que, comme le rappelle BFM :

« Le règlement du CIO est très clair et ne tolère aucune exception : aucun message politique, ni chez les athlètes, ni chez les fans. »

 Mais « la sécurité a finalement laissé tomber et Darya Safai a pu brandir sa banderole », informe Marianne qui diffuse une image de l’intéressée en pleurs, face aux agents de sécurité. TV5 Monde nous apprend enfin que, par le passé, la militante a « échangé quelques propos acerbes avec la présidente du Sénat belge Christine Defraigne qui mettait, selon Darya Safi, les discriminations envers les femmes belges et iraniennes sur un même pied ».

Dans une toute autre mesure médiatique, on apprend par une dépêche AFP reprise Le Figaro, qu’un autre Iranien à la double nationalité, britannique cette fois, a été arrêté à Téhéran. Motif : des « liens présumés avec les services de renseignements du Royaume-Uni ». Le même journal rapporte également que « l'Iran a abattu quatre djihadistes présumés du groupe Etat islamique (EI) près de sa frontière avec l'Irak ». Une autre dépêche relayée note aussi que « la Norvège va ouvrir une ligne de crédit d’un milliard de dollars pour l’Iran », visant à « financer des projets de développement ». L’annonce fait suite à une rencontre bilatérale au cours de la semaine.

On ne sait pas si le Japon imitera le pays des Fjords. Car aujourd’hui, Le Monde s’interroge : « Le Japon sera-t-il évincé du juteux marché auto iranien ? » Malgré la levée des sanctions japonaises,

«  les constructeurs japonais semblent être lents à répondre aux attentes, en partie en raison de facteurs tels que l’incertitude persistante sur la politique intérieure et les sanctions financières américaines toujours en place ».

On termine cette revue de presse par plusieurs papiers plus ancrés dans le quotidien de l’Iran. Avec le journaliste Zakya Daoud d’abord, qui livre ses impressions, pour Orient XXI, sur son voyage touristique comme d’autres l’ont fait récemment avant lui. Il y décrit « un fascinant pays moderne ». Sur sa route, peut-être a-t-il pu croiser un… « Nutella Bars ». Des enseignes (non franchisées) qui « ont poussé comme des champignons à Téhéran, offrant des crêpes ou des gaufres au Nutella », rapporte Le Point via l’AFP. Ce qui pause problème à l’Académie de la langue et de la littérature persane « qui s'est donnée pour mission de protéger la langue de l'Iran contre l'influence des termes étrangers ».

La notion même de « couchsurfing » pourrait connaître le même sort. Rue89 consacre un papier à ce phénomène qui

« change l’Iran. En théorie, c’est interdit. Pourtant, 30 000 Iraniens défient le régime en hébergeant, chez eux, des touristes venus de tous les continents. »

 Enfin La Parisienne (Le Parisien au féminin) s’intéresse aux « couples face à l'infertilité grandissante et aux tabous ».

Bon week-end et à la semaine prochaine !

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