Revue de presse francophon
L'Iran vu de la France : un changement de position sur le pétrole ?
27 August, 2016
Au menu de cette semaine du 20 au 26 août : la fin des raids russes de l’Iran vers la Syrie, un changement posture sur le pétrole, la question de l’eau, une rencontre maritime « dangereuse »…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: Press TV

L’opération aura été de courte durée. Une semaine après l’annonce « historique » (car c’était la première fois qu’une puissance étrangère pouvait opérer sur le territoire depuis l’instauration de la République islamique), « l’Iran annonce la fin des raids russes sur la Syrie depuis son sol », titre RFI. Selon un responsable iranien, cité par le média, il s’agissait d’une « mission précise et autorisée », tout précisant qu’ « en fonction de la situation en Syrie, l’Iran pourrait de nouveau ouvrir l’une de ses bases aux avions russes ». Mais ce n’est pas tout.

L’annonce de ce dispositif a été moyennement apprécié. Le gratuit 20 Minutes s’en fait l’écho avec ce titre : « Téhéran critique Moscou pour avoir annoncé des raids menés depuis l’Iran ». En gros, l’Iran, qui « reste discrète sur la portée de son aide militaire » en Syrie, reproche aux Russes « de se mettre en avant, sans égard ». Au point que Le Monde (édition abonnés) met en avant le « partenariat tendu » entre les deux parties. Des tensions qui ne datent évidemment pas d’aujourd’hui. Car « historiquement, la Russie n’inspire guère de confiance en Iran », en citant l’exemple du « sombre souvenir du traité de Turkmanchai, conclu en 1828, par lequel l’Empire perse a perdu une grande partie de ses territoires au profit de l’Empire russe », ou encore qu’ « à l’issue de la seconde guerre mondiale et de l’occupation anglo-soviétique un éphémère Etat avait été établi dans le nord-ouest de l’Iran, soutenu par l’URSS, le gouvernement populaire d’Azerbaïdjan ». 

Il a également été question de l’influence iranienne dans un autre conflit de la région : celui du Yémen. Le Point, avec l’AFP, rapporte les propos du secrétaire américain John Kerry à propos du soutien de l’Iran aux Houthis : « Pour M. Kerry, l'envoi par la République islamique d’ ‘armes sophistiquées’ au Yémen constitue ‘une menace’ et ‘ne peut pas continuer’. » On peut pourtant lire dans Le Figaro, encore avec l’AFP, que Téhéran « nie avoir envoyé des missiles ». La réponse de Mohammad Javad Zarif à son homologue américain est sans équivoque : ces propos sont « totalement sans fondement ».

Yémen : fermeté américaine

Et ce n’est pas le récent incident maritime qui va pousser à davantage de détente. Le Monde (avec AFP) raconte la « confrontation « dangereuse » entre des navires iraniens et un destroyer américain » : quatre navires militaires iraniens sont passés « à pleine vitesse » près d’un destroyer américain avec leurs armes découvertes dans le détroit d’Ormuz. L’article cite le journal de l’armée américaine Stars and Stripes, selon lequel « le destroyer a dû changer de cap pour éviter une collision ». 20 Minutes, vidéo à l’appui, va même plus loin dans sa titraille : « Des navires iraniens ont « harcelé » un destroyer américain. »

Autre sujet en lien avec la Défense : ce que Le Point qualifie de «  démonstration de force de l’Iran », à savoir le nouveau système de défense anti-aérien Bavar 373, dévoilé « pour la première fois » lors d’une cérémonie d’officiels. « Le président iranien a également dévoilé le premier moteur turboréacteur construit par les ingénieurs de l'industrie de la Défense iranienne », poursuit France 24. Pour le média, « la République islamique témoigne ainsi de sa détermination à développer ses capacités militaires, malgré les inquiétudes de l’Occident ».

Un changement de position sur le pétrole ?

Ce même Occident pourrait bientôt s’inquiéter d’un tout autre phénomène : le coût de son essence. Car selon Les Échos, « le pétrole rebondit vivement », flirtant à nouveau avec les 50 dollars le baril. Motif invoqué : « Des informations […] selon lesquelles l’Iran enverrait des signaux positifs pour une future coopération dans le cadre d’un accord avec […] l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). En d’autres termes, sur un éventuel gel de la production. » C’est aussi ce que constate Capital (en reprenant Reuters) selon lequel le troisième producteur de l’Opep « apparaît plus disposé à apporter son soutien à une action commune de soutiens des cours du marché pétrolier ». Cette nouvelle posture n’est pas sans conditions. Il faudra que les membres de l’Organisation « lui reconnaissent le droit de regagner les parts de marchés qu'il a perdues », mentionne l’Obs. En attendant la prochaine réunion Opep de septembre, auquel l’Iran prendra part, Le Figaro revient sur « comment l'Arabie Saoudite plombent le marché ».

 

Autre ressource naturelle à la une du Monde cette fois : l’eau. Le quotidien du soir consacre un reportage dans la région d’Ispahan, ainsi qu’un portfolio, sur un sujet rarement traité, intitulé : « À la recherche des lacs et rivières perdus d’Iran ». Le pays connaît une « crise de l’eau, une pénurie qui affecte avant tout les activités agricoles, car 92 % des eaux consommées sont utilisées dans ce secteur, dont 70 % sont perdues ». On apprend également qu’ « ayant utilisé 97 % de ses eaux superficielles, l’Iran a pratiquement épuisé et asséché toutes ses rivières ».

À lire, voir, écoute également

Le journal Les Échos suit la tendance médiatique de ces derniers mois avec son propre reportage « touristique » à travers le pays (Persepolis, Ispahan…), intitulé « Mystères persans ». Avec notamment la description d’une scène de târof (courtoisie) qui donne le sourire.

Le site Géopolis de FranceTV (avec AFP) revient sur l’ « ascension éclatante et une chute non moins retentissante » du jeune milliardaire iranien Babak Zanjani. Condamné à mort en mars dernier pour avoir détourné près de 3 milliards de dollars en vendant du pétrole sous embargo, « l’homme d’affaires était à la solde de l'ancien président Ahmadinejad ».

Autre condamné à mort à qui l’Iran rend hommage cette fois : le cheikh saoudien Nimr al-Nimr, exécuté en janvier dernier, provoquant la dégradation des relations avec l’Arabie saoudite. Le Figaro, via AFP, nous apprend que « le Conseil municipal de Téhéran a décidé de baptiser une rue de la capitale proche de l'ambassade de l'Arabie saoudite » à son nom.

Enfin Euronews consacre un court sujet sur la volonté iranienne de « tracer un nouveau chemin » avec Cuba, où s’est rendu cette semaine le ministre des affaires étrangères.

Bon week-end et à la semaine prochaine !

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