Revue de presse
L'Iran vu de la France : les critiques de Ségolène Royal prennent le pas sur l’environnement
02 September, 2016
Au menu de cette semaine du 27 août au 2 septembre : la visite de Ségolène Royal en Iran, de nouvelles restrictions dans le monde de la musique, l’opérateur Orange envisage de s’implanter, des femmes de plume à la une…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: Ehsan Naderipour / IRNA

C’était assurément le temps-fort diplomatique de la semaine en Iran : la visite de la ministre française de l’environnement, Ségolène Royal. Elle venait, évidemment, y parler environnement avec son homologue Masoumeh Ebtekar. Ce n’est pourtant pas cette question qui a retenu l’attention de la presse française. Cette dernière a préféré titrer sur la sortie médiatique de Royal à propos des banques françaises. BFMTV rapporte par exemple qu’elle « critique », « tacle » même, ces dernières « qui n’osent pas venir en Iran », du fait de « craintes de mesures de rétorsion de la part de leurs homologues américaines ». Une position jugée « sévère » par RFI dont l’extrait audio reprend les propos de Royal. La ministre va jusqu’à évoquer l’idée de faire « appel à des banques de taille moyenne dans d'autres pays européens ».

Face à ce « coup de semonce » et l’idée de se passer éventuellement des banques françaises, Challenges s’interroge : « Une solution réaliste ? » La journaliste penche plutôt pour la négative : « Les projets importants d’infrastructures requièrent des investissements massifs. […] Seuls les grands établissements européens sont en mesure d’assurer ces financements. Le déblocage se fera probablement progressivement, projet par projet, et en ayant obtenu le feu vert des autorités américaines. Chat échaudé… »  Verdict : « Une solution bien peu réaliste. »

De son côté, France 24 a également évoqué ces critiques, mais a préféré mettre en avant l’objet de la visite, à savoir le lancement de la « coopération dans le domaine de l’environnement ». Le reportage est l’occasion d’entrevoir une réunion d'affaires avec certaines entreprises françaises spécialisées dans les énergies renouvelables, parmi lesquels les patrons d’Engie ou de Suez. « C’est la première fois que leurs directeurs se rendent en Iran », précise d’ailleurs Mariam Pirzadeh, la correspondante de France 24 à Téhéran. Des contrats doivent voir le jour autour des enjeux de l’eau, de l’efficacité énergétique ou encore de la pollution de l’air.

De cette même visite, mais en beaucoup plus léger, la rubrique Observateurs du même média reprend la vidéo amateure de la « bourde » de la ministre sur le point de serrer la main d’un Iranien. Ce qui est bien évidemment prohibé. Le président de l'Assemblée nationale de la France, Claude Bartolone, prochain représentant français à se rendre sur place ce lundi 5 septembre, ne devrait pas avoir ce souci.

Feu vert pour Orange ?

 En marge des banques frileuses critiquées par Royal, une entreprise française a fait parler d’elle cette semaine : Orange. L’opérateur « pose ses pions en Iran », comme dit La Tribune, et pourrait « s’installer dans ce pays au marché très important ». « Ce n'est pas une opération comme les autres pour Orange », estime Les Échos. Le quotidien économique nous apprend que le groupe discute avec le n°1 du mobile iranien, MCI. Et que si un accord était trouvé prochainement, « ce serait la première fois qu'une entreprise occidentale entre au capital d'une entreprise iranienne depuis la levée cette année des sanctions ». L’auteur tempère toutefois du fait de la « prudence » affichée par l’opérateur et surtout la complexité de monter une telle opération. On retrouve ce même refrain des « sanctions » dans ce qui est en passe de devenir le « marronnier » de la presse française sur l’Iran : ce que Les Échos décrit comme « un marché plus ouvert, mais très difficile ».

Un marché qui n’empêche pas le retour, souligné par Euronews, de British Airways comme d’autres compagnies l’ont fait avant elle. Et si, d’ailleurs, le meilleur moyen de contourner les sanctions américains était de faire des transactions… en euros ? C’est en tout cas l’issue, rapportée par BFM, choisie par Téhéran dans ces échanges avec la Corée du Sud, en vue de « s’affranchir des États-Unis ».

La même musique

« Sanctions » rime aussi avec « restrictions ». Celles qui viennent d’être imposées dans la musique ont été très relayées, tant par la presse iranienne que française. Le Point, avec AFP, fait par exemple écho des « nouvelles restrictions pour l'organisation de concerts ». Là où BFM parle d’un « renforcement de la censure ». Car « le procureur général de Téhéran a annoncé des conditions encore plus strictes pour l'organisation de concert » à Téhéran. Si bien que, comme le dit France Info, « la musique [est] au coeur d'une lutte entre réformateurs et conservateurs ». France24 y voit le signe que « Hassan Rohani a du mal à se faire entendre des ultraconservateurs iraniens. […] Pour ne pas se les mettre à dos, le président iranien a évité de créer des polémiques autour de la liberté d'expression artistique. » Sur cette même place publique, dans un autre registre, Le Monde rapporte la décision du conseil municipal de Téhéran à « l’encontre des marchandes ambulantes en les assimilant à des ‘mendiantes’ ». « Téhéran met au ban les vendeuses à la sauvette », dit le titre.

Femmes de plume à la une

D’autres femmes, écrivaines cette fois, ont été mises à l’honneur. C’est le cas de Négar Djavadi qui vient de connaître une importante tournée médiatico-culturelle pour la sortie de son livre « Désorientale ». Critique unanime. Télérama parle d’ « un premier roman drôle et bouleversant, qui tient les lecteurs en haleine. La saga d'une famille iranienne semblable à celle de l'auteure, en prise avec les bouleversements de l'histoire de la Perse. » Là où Le Monde évoque « cet album de famille pour réentendre une voix qui nous enchante autant qu’elle nous étreint ». « Coup d’essai, coup de maître », qualifie même l’hebdomadaire Grazia. Dans une moindre mesure, Nahal Tajadod, et ses « Simples Prétextes du Bonheur », est mise en avant par L’Express. À propos de cette dernière sortie, le magazine revient sur « un petit monde loufoque plein de charme et d’humour qui lève le voile sur la communauté iranienne de Paris ».

À lire également

RFI note que « deux nouveaux réacteurs [vont être] construits avec les Russes ». « Relations irano-russes, une affaire qui roule », comme dit le média. Et ce, même si certains dirigeants avaient moyennement apprécié la communication russe à propos des frappes menées en Syrie depuis ses bases. Cette semaine, Le Figaro, via l’AFP, rapporte cette fois que l’Iran « a demandé à la Turquie qui mène une offensive dans le nord de la Syrie de cesser "rapidement" ses opérations militaires pour éviter de compliquer davantage la situation dans la région ».

Le site des Observateurs de France 24 se demande « Pourquoi l’Iran continue de faire des vidéos de propagande anti-américaines ? » Selon Morteza Kazemian, analyste politique iranien cité dans l’article, « la production de ce type de vidéo n’a jamais cessé, mais on peut attendre qu’elle se développe encore davantage. La plupart des Iraniens, cependant, ne prennent pas cette propagande au sérieux, et beaucoup la critiquent. »

Un mot de sport enfin, avec L’Équipe, et la victoire de l’Iran face au Qatar dans le cadre des qualifications pour la Coupe du monde 2018.

Bon week-end et à la semaine prochaine !

 

 

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