Revue de presse française
L'Iran vu de la France : Iran et sport font bon ménage sur la scène médiatique
16 September, 2016
Au menu de cette semaine du 10 au 16 septembre : le rachat avorté de l’OM par des investisseurs iraniens, des footballeurs très en vue, le pèlerinage vers Kerbala à défaut de la Mecque, des familles de victimes de Mina toujours en attente…
Samuel Hauraix (@shauraix) | Photo: Capture Twitter / @RezaShaer

« Après les Qataris à Paris, les Iraniens à Marseille ? », s’interrogeait L'Express en juin dernier. Trois mois plus tard, le feuilleton du rachat de l’Olympique de Marseille est bel et bien terminé. Le club de football de la cité phocéenne a été repris par le businessman américain Frank McCourt. Mais qu’est-il arrivé à ce fameux « fonds iranien » qui avait tant fasciné la presse française à l’époque ?

Le quotidien sportif L’Équipe (version gratuite ici) revient justement sur les coulisses de cet épisode. Sur « comment MLD (Margarita Louis-Dreyfus, l’actionnaire majoritaire) a dit non aux Iraniens ». L’affaire semble rocambolesque. « Le projet Albatros », nom donné à l’opération, implique notamment Me Gilles Bérès qui n’est autre que… « l’un des avocats de François Hollande, qu’il épaule sur les affaires d’atteinte à la vie privée ». Au milieu d’une flopée d’acteurs, on apprend que « des entreprises étatiques iraniennes (dont la compagnie aérienne Iran Air) sont prêtes à s’impliquer ».

Mais selon l’article, « le projet iranien se fracassera en juin sur les exigences de la banque Rothschild ». Une source proche du dossier estime même qu’ « une dizaine de projets, au moins, étaient plus crédibles ».  De quoi freiner les velléités iraniennes ? Pas le moins du monde : « La plupart des investisseurs présents dans ce dossier iranien avorté n’ont pas renoncé à s’engager dans le sport et s’intéressent à des clubs de foot et de rugby français. » 

Les footballeurs ont la côte

En attendant, l’Iran pourra garder un oeil sur le championnat de football russe. Là où évolue un certain Sardar Azmoun. L’international iranien de 21 ans fait l’objet d’un portrait AFP repris Eurosport. « Ligue des champions : Azmoun, le "Messi iranien" qui fait le bonheur de Rostov », ne tarit pas d’éloges le titre. Avant de tempérer : « La comparaison avec le quintuple Ballon d'Or argentin est plus qu'osée mais témoigne des espoirs suscités en Iran par l'émergence express de cet attaquant. […] Dans un pays dingue de ballon rond […], il n'en faut pas plus pour enflammer les fans. » Ces derniers ont sans doute été quelque peu refroidi par son entrée en Ligue des champions face au Bayern de Munich : défaite 5-0.

 

Autre footballeur iranien à la une, Behzad Zadaliasghari, comparé lui aussi au meilleur joueur du monde. « Un joueur de cecifoot marque un but digne de Lionel Messi aux Jeux Paralympiques de Rio », titre L’Équipe. Devant les images de cet impressionnant enchaînement de dribbles, 20 Minutes va encore plus loin, et parle sans retenue de « but du siècle en cécifoot (et un slalom de malade) » !

À ces mêmes Jeux paralympiques, Direct Matin s’intéresse au « géant iranien de 2,46m qui joue au volley-ball assis ». Les images de « l’une des sensations » de ces Jeux, et athlète de loin le plus grand, sont là encore peu communes. Sa seule présence permet à sa sélection « d’être la grande favorite dans la course à l’or ». La preuve, l’Iran n’a pas concédé un seul set jusqu’ici dans la compétition !

 

Autre sport collectif, bien que beaucoup moins répandu en Iran, évoqué : le rugby. RFI nous apprend qu’une « campagne en faveur de la petite équipe de rugby d'Iran a été interrompue en raison des sanctions américaines ». Cette campagne en ligne visait à obtenir des fonds pour financer l’entraînement des sportifs. Or, selon le site hébergeur, elle serait « en violation des sanctions » toujours en vigueur. « Et dire que Trump n'est pas encore Président, ça promet ! », commente à ce sujet un journaliste rugby du quotidien Ouest-France.

Faute de Mecque, direction Kerbala

Quelques jours après l’escalade verbale entre Téhéran et Riyad, la tension irano-saoudienne est toujours bien d’actualité, dans une moindre mesure. « La guerre des mots se poursuit », titre RFI. Le média fait référence à un éditorial, paru dans le New York Times, du chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, appelant à se « débarrasser du wahhabisme ». Dans le camp adverse, Ouest-France rapporte que « en pleine fête de l’Aïd, le roi Salmane d'Arabie Saoudite a estimé que le hadj ne devait pas servir des intérêts politiques ou religieux, visant implicitement l’Iran ».

Quid de la population iranienne ? Avec son reportage, Le Monde apporte une réponse sans équivoque. L’auteure parle d’une « hostilité des Iraniens envers Riyad à son comble » depuis le pèlerinage de l’an dernier où plus de 400 Iraniens avaient trouvé la mort. Sur place, certains penchent ouvertement vers un « complot mené par les Saoudiens ». D’ailleurs, « la décision de Téhéran de ne pas envoyer [cette année] de pèlerins à La Mecque a été saluée unanimement par les Iraniens, qui se sentent humiliés depuis le drame à Mina ».

Un drame auquel le pays a consacré une cérémonie officielle de commémoration. Pour l’occasion, France24 est allé à la rencontre de ces familles toujours en attente des « excuses du gouvernement saoudien ». Mariam Pirzadeh, la correspondante du média à Téhéran, termine son reportage en citant les « 64 000 Iraniens été privés de hadj pour la première fois depuis 30 ans ».

L’Express, avec l’AFP, s’intéresse donc à la conséquence direct de cette décision : la « marée d'Iraniens [qui] convergeait ce week-end vers la ville sainte chiite de Kerbala, en Irak, pour accomplir quand même un pèlerinage ». Se rendre à Kerbala, où se trouve le mausolée de l'imam Hussein, un petit-fils du prophète Mahomet, « ça équivaut à 70 hajj pour les chiites », compare un responsable du lieu saint.

 

À lire, voir, écouter également

 « L'Iran, allié de Damas, salue l'accord de trêve en Syrie », informe RFI. Tout en saluant la trêve voulue par l’accord russo-américain, « l'Iran a demandé la mise en place d'un mécanisme de surveillance pour empêcher l'arrivée de nouveaux combattants et l'envoi d'armes pour aider les groupes rebelles en Syrie ».

 France Inter est revenu sur un autre accord concernant directement l’Iran cette fois, celui du nucléaire. « Cet accord qui a tout changé », comme dit le titre. L’article revient, à coup d’infographies, sur les principaux points déjà connus.

 L’accord a beau avoir eu un impact, « les banques étrangères [sont] toujours réticentes à travailler en Iran », rappelle une nouvelle fois L’Express à l’aide de l’AFP. Le refrain est désormais connu : « Les responsables iraniens dénoncent régulièrement l'attitude des Américains qui ont levé les sanctions "sur le papier", mais pas dans les faits. »

 Le Monde (abonnés) consacre un long papier sur le sort tragique de deux soeurs afghanes, Farzaneh et Fariba, « mariées de force et battues en Iran » et aujourd’hui « bloquées à Istanbul ». « Ma femme est ma chaussure. J’en fais ce que je veux », disait le mari de l’une d’elles.

 Autre histoire, beaucoup moins sombre, racontée par Télérama : celle de « Kayhan Kalhor, un vieux de la vièle ». Ce dernier, qui se produit au festival d’Île-de-France, est décrit comme « un virtuose de kamanché, vièle perse […], c'est aussi un esprit défricheur, qui s'est conquis une place à la croisée de sa culture kurde, de la musique classique iranienne et d'autres traditions du monde »

Bon semaine à tous !

 

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