Santé, sexualité et enseignement en Iran
Education à la santé sexuelle : révision des manuels scolaires iraniens
19 September, 2016
La nécessité d'intégrer les questions d'éducation sexuelle dans les programmes de santé des manuels scolaires iraniens est de plus en plus largement reconnue.
Shargh | Shahrzad Hemmati | Extrait |

 Elle a 17 ans, les cheveux bruns et sous son manteau noir, son ventre arrondi montre qu'elle a déjà entamé le dernier mois de grossesse. Cette jeune fille nommée Bahâr habite à Rey, une ville au sud de Téhéran. Elle s'est rendue chez le docteur afin de discuter de l'accouchement qui devrait avoir lieu mi-septembre. Jusqu'au troisième mois de grossesse, elle ne pensait pas qu'elle pouvait être enceinte et avait mis son retard de règles sur le compte d'un problème hormonal. Son époux, militaire, ne s'imaginait pas non plus qu'il fallait qu'ils se préparent à accueillir un nouveau né, cinq mois à peine après leur mariage.

« Quand on a compris que j'étais enceinte, se souvient Bahâr, mon pauvre mari s'est frappé la tête à l'idée que le propriétaire l'apprenne ; cela va être un problème de plus. Notre avenir est incertain... ».

« La plupart des jeunes filles qui viennent consulter n'ont aucune idée des rapports sexuels, ni du concept de santé sexuelle dans la mesure où elles s'imaginent que tout est uniquement aux mains de la nature » affirme le Dr. Hadad, gynécologue dans une clinique de Rey. 

« Par exemple, lorsque l'on a interrogé une femme continuellement enceinte et fâchée d'en être à son 6e enfant, sur son désir ou non d'en avoir, elle était stupéfaite. Elle ne savait pas quel acte biologique était à l’origine de ses grossesses et considérait les rapports sexuels uniquement comme une composante de la vie conjugale sans lien direct avec le fait d’avoir des enfants.

L'éducation à la santé sexuelle est une partie très importante de l'enseignement scolaire dans le monde entier et c'est ce qui a été négligé en Iran à cause de nos traditions et de notre culture. On peut illustrer plus clairement cette problématique par quelques données : l'augmentation des maux de notre société, des suicides en chaîne dans les écoles, l'utilisation d'outils dangereux et de médicaments, ou encore, les statistiques concernant les rapports sexuels chez les adolescents qui, l'année dernière étaient de 33,9 % chez les garçons et 27% chez les filles ».

S.-H. Moussavi Chelk, sociologue et assistant social, pointe la vision traditionnelle de la société ainsi que des opposants à l'enseignement de la sexualité à l'école et remarque que « lorsqu'une discussion autour des questions liées à la sexualité est proposée, notre esprit se focalise uniquement sur les relations sexuelles. L'école, la famille, tous cachent un besoin qu'il n'est pas possible de passer sous silence. Il faut que nous informions, que nous cassions les tabous. Plus nous donnerons les informations qu'il faut, en temps et en heure, moins nous aurons de problèmes de société sur les bras ».

Député et membre de la commission parlementaire de l'éducation, M. Koucheki Nejad, s'exprime, quant à lui, sur la manière d'enseigner la santé sexuelle à l'école :

« Dans les programmes de lycées, il y a bien évidement des cours de biologie et certaines questions sont abordées en classe de science dès le collège mais je suis convaincu qu'il faut revoir et développer les manuels scolaires afin d'y intégrer les principaux objectifs de l'éducation à la sexualité ».

 Nous sommes allés poser la question à M. Mahmoud Amani Tehrani, directeur général du bureau de rédaction des manuels scolaires : « La stratégie que nous avons proposée pour l'enseignement de la sexualité se compose de trois parties. Il faut tout d'abord donner les informations essentielles aux jeunes, à l'âge où ils peuvent en avoir besoin pour qu'ils agissent en toute connaissance de cause. Ces informations peuvent être à la fois d'ordre physiologique ou psychologique, religieux, social, etc. Ensuite, le deuxième point concerne la peur des conséquences : savoir ce qu'il va se passer peut contribuer à empêcher quelqu'un de faire quelque chose de mal. Informer les jeunes sur les MST (maladies sexuellement transmissibles) permet, par exemple, de répondre aux deux premiers points de notre stratégie. Enfin, le dernier aspect concerne la protection des enfants ; c'est un devoir que les parents et la société se doivent d'accomplir. Dans les années qui précèdent l'école primaire, les parents doivent protéger leurs enfants des abus sexuels mais aussi leur apprendre à protéger leur propre intimité. »

 Mahoumeh Bigui, infirmière scolaire dans un collège de Téhéran, note elle aussi la nécessité d'intégrer à l’enseignement certaines questions liées à la sexualité : « A quelques détails près, la situation n'a pas évolué dans les écoles depuis une dizaine d'années. À cette époque, lorsque l'on parlait aux filles de leur cycle menstruel, elles rougissaient et se mettaient à glousser. Aujourd'hui, on a l'impression qu'elles savent tout mais - et c'est bien là le problème - soit elles ont des informations fausses, soit elles en ont beaucoup trop !  La raison est évidente : on ne laisse pas les enfants poser des questions sur les changements physiologiques de leur corps. Ils vont donc eux-mêmes chercher la réponse et pour cela, ils se tournent vers leurs amis qui leur transmettent chacun des bribes d'informations. Les élèves comprennent donc de façon erronée les transformations de leur corps et réagissent mal. Ils se dirigent ainsi vers les réseaux sociaux et y trouvent beaucoup trop d'informations pour leur âge ; ils apprennent parfois même des choses que moi-même je ne connais pas après 25 ans de vie conjugale. Imaginez à quoi peut mener une telle masse d'informations sur la sexualité pour un adolescent de 15 ans qui est en train de vivre l’une des périodes les plus importantes de sa vie ».

Shargh
Quotidien réformateur
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