Revue de presse française
Les médias français en roue libre avec les femmes interdites de vélo
23 September, 2016
Au menu de cette semaine du 17 au 23 septembre : la réaction des femmes interdites de vélo, le décès d’un cycliste iranien, feu vert à la vente d’avions Airbus et Boeing, la tournée internationale de Rouhani…
Samuel Hauraix (@shauraix) |

« La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. » La citation, attribuée à Albert Eistein, est un beau clin d’oeil à la semaine médiatique écoulée. Quelques mois après que des Iraniennes se prennent en photo dévoilées, la presse française s’est précipitée sur l’ « affaire de la bicyclette ». Le site du Huffington Post a été le premier à se demander « pourquoi ces Iraniennes se prennent en photo avec leur vélo ». La réponse est simple : il s’agit d’une protestation contre une fatwa, émise le 10 septembre dernier par le Guide, selon laquelle « faire du vélo attire l'attention des hommes et expose la société à la corruption ». Interdiction de vélo pour les femmes donc. L’association féministe My Stealthy Freedom s’est alors emparé de la question en compilant ces clichés de femmes pour alimenter le buzz.

 

 

« Le Guide suprême interdit le vélo aux Iraniennes ? Elles pédalent de plus belle ! », s’exclament les Observateurs de France24, tout en donnant la parole, anonyme, à une activiste du droite des femmes de Téhéran. Le média, comme tous les autres, publie cette vidéo virale où deux femmes pédalent, visages masqués, sur l’île de Kish (et non pas « Islande » comme l’a écrit le Huff’ Post !). France 2, dans son Oeil du 20 heures, rappelle le contexte de l’affaire. La fatwa a été émise après que plusieurs villes iraniennes ont instauré des « mardis propres » pour lutter contre la pollution dans le pays. Autrement dit, privilégier le vélo à la voiture une fois par semaine. Ce qui fait dire à la chaîne que « l’initiative écologique s’est transformée en lutte pour le droit des femmes ».

Pour Libération, cette fatwa « tombe au mauvais moment […]. La ville de Téhéran, par exemple, a déjà construit 280 km de pistes cyclables et prépare 80 km de nouveaux tronçons. » L’auteur de conclure en citant « le directeur de la fédération cycliste iranienne, Navid Kasirian, [qui] annonçait au mois de février : «L’Iran envisage le cyclisme sous un angle nouveau». Visiblement, c’est déjà du passé. »

Jeux paralympiques en deuil 

Plus tôt dans la semaine, et à des milliers de kilomètres du pays, le cyclisme iranien a aussi été endeuillé. « Jeux Paralympiques : un cycliste iranien meurt en compétition », titre par exemple RTL. Le blog spécialisé du Monde revient plus en détail sur le parcours de Bahman Golbarnejad, un cycliste au « destin tragique ». Sa vie a été marquée par un service militaire effectué à la guerre Iran-Irak (1980-1988), durant laquelle « il a marché sur une mine et perdu sa jambe gauche. Son audition et sa vision ont également été touchées à cause de l’explosion. »

 

 

Feu vert, décollage immédiat ?

À côté du vélo, un autre moyen de locomotion a fait l’objet d’une intense couverture médiatique cette semaine : l’avion. Dimanche, Capital rapportait que « les autorités iraniennes ont demandé aux États-Unis de lever les derniers obstacles empêchant l’exportation » vers le pays. Et que, conséquence directe du retard pris par l’obtention des autorisations, « l’Iran achètera six Airbus de moins que prévu », notait Challenges, avec Reuters.

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Seulement quelques jours plus tard, la nouvelle tombe : «  Feu vert à la vente d’Airbus et de Boeing à l’Iran », titre La Croix. « Les autorités américaines ont délivré à Airbus des licences d’exportation l’autorisant à livrer dix-sept appareils aux compagnies aériennes iraniennes », dit Le Monde. 17 appareils… sur les 118 commandés à Airbus. Autrement dit, « les Etats-Unis mettent fin à quarante années d’embargo vers l’Iran… mais au compte-gouttes ». Dans tous les cas, « ce feu vert américain était indispensable à Airbus, rappellent Les Échos, en raison du grand nombre d'équipements américains présents sur tous ses modèles, pour environ 10 % de leur valeur. Cependant, le feu vert de Washington ouvre aussi la voie à la finali­sation de la centaine de commandes passées par l'Iran à Boeing, quelques semaines après Airbus. »

« Avant de donner son aval, l’administration américaine a pris son temps, poursuit Le Monde. […] Sauf à le refuser aux deux avionneurs, Washington ne pouvait se permettre d’interdire à Airbus ce qu’elle aurait autorisé à Boeing. » « Téhéran, poursuit le quotidien du soir, se rêve en future plaque tournante de l’aviation commerciale dans la région ». « Mais tous les obstacles ne sont pas levés », tempère RFI, qui évoque notamment l’imminence du changement de président américain. Sans oublier la question du dollar, qualifié par Les Échos d’ « arme qui tient les entreprises à distance de l’Iran ».

 

 

Rouhani chez l’ami cubain, puis devant l’ONU

Il s’agit quoi qu’il en soit d’une bonne nouvelle pour le président Rouhani en vue d’un second mandat. Ce dernier était en tournée outre-atlantique cette semaine. Avant de gagner l’assemblée générale de l’ONU, il s’est rendu à Cuba, « pays ami et révolutionnaire », pour rencontrer la fratrie Castro. « Principalement liés par des désaccords communs avec Washington, les deux pays traversent cependant une phase d'apaisement avec les Etats-Unis », souligne Le Point avec l’AFP. Un « rapprochement [qui] n’empêche pas la méfiance », complète une autre dépêche AFP reprise Le Point. L’article fait référence aux propos tenus par l’ayatollah Ali Khamenei devant le corps des Gardions de la révolution.

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Pendant ce temps, Rohani gagnait la tribune des Nations unies donc. Son message a été sensiblement de la même teneur vis-à-vis des États-Unis. « L'Iran accuse Washington de ne pas appliquer l'accord nucléaire », constate l’AFP avec la vidéo d’un bout de son discours. Le président en a également profité pour viser l’Arabie saoudite et sa « politique de division » (Le Figaro).

Des mots renforcés par les images d’une « démonstration des nouvelles forces militaires, notamment ses missiles S-300 fournis la Russie », décrit Challenges avec l’agence Reuteurs. Ce défilé militaire de Téhéran marquait le 36e anniversaire de la guerre avec l’Irak en 1980. Vidéo à l’appui, FranceTVinfo évoque en titre la « menace » portée sur Israël qui vient de renouveler son accord d’aide militaire avec son allié américain.

À lire, voir, écouter également 

Le Monde consacre un beau papier sur un sujet magazine rarement traité, celui « femmes qui content ». « Depuis une quinzaine d’années, elles sont devenues les maîtresses incontestables de la scène littéraire », écrit la journaliste selon laquelle les romancières sont aujourd’hui aussi nombreuses que leurs homologues masculines. Et cela alors que « dans les années 1960, l’Iran comptait seulement une quarantaine de romancières, soit cinq fois moins que de romanciers ». Et de poursuivre : « Grâce aux romans, ces femmes s’expriment enfin, elles font connaître leur existence. »

Plutôt que l’écriture, Firoozeh Mozaffari a elle choisi le dessin pour s’exprimer. La caricaturiste iranienne était invité au festival du Monde pour évoquer le pouvoir du dessin de presse, ainsi que l’évolution de sa condition. « Notre métier, c’est un peu comme marcher sur un fil », dit-elle.

Autre femme, autre histoire. France Culture a donné la parole à la photographe française Marion Poussier. Elle s’est rendue plusieurs mois, en famille, en Iran. « La première fois que j’ai été en Iran, décrit-elle, absolument tous mes clichés sont tombés par terre quand je suis arrivée à l’aéroport. Pour moi c’était une ville en noir et blanc. J’ai découvert qu’elle était pleine de couleurs, de vies… »

La Tribune consacre un papier sur un projet de ferme éolienne. Le porteur de ce projet, évalué à 750 millions d’euros, est un groupe suisse. On apprend que le Danemark, l’Espagne ou encore l’Azerbaïdjan sont intéressés pour soutenir le développement des énergies renouvelables en Iran. « En décembre prochain, le Green Power Global, l'un des plus grands congrès sur les énergies renouvelables au niveau mondial, devrait avoir lieu à Téhéran », conclut l’article.

 L’environnement, politique cette fois, continue de s’agiter à l’intérieur du pays avec l’approche de la présidentielle de mai prochain. Le Courrier international évoque à ce propos « les ambitions présidentielles d’Ahmadinejad douchées ». Et pour cause, la candidature de l’ancien président a été refusé par le Guide suprême.

Le réalisateur Asghar Farhadi connaît lui un meilleur sort puisque son film « Le Client » a été choisi par Téhéran pour représenter le pays aux prochains Oscars. « Au dernier festival de Cannes, le film a été récompensé deux fois par le jury, avec le prix du meilleur rôle masculin décerné à Shahab Hosseini et celui du meilleur scénario », rappelle Le Parisien avec l’AFP. 

Un mot de sport enfin avec l’exploit de l’équipe iranienne de futsal. « Quand l’Iran punit le Brésil », titre So Foot. Les Iraniens « ont créé la sensation » en éliminant le double champion du monde en titre au Mondial de futsal. La fin de rencontre a été marquée par la superbe image des Iraniens portant la légende vivante de ce sport, le Brésilien Falcao (Le Monde). 

Bonne semaine à tous !

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