L’Iran vu de l’Iran
L’Iran vu de l’Iran : Kahrizak, les contrats pétroliers, le cycliste martyr
25 September, 2016
Cette semaine, l’actualité de l’Iran est marquée par la publication d’une lettre d’excuses de Saeed Mortazavi, le juge responsable dans l’affaire de Kahrizak, où 3 manifestants du Mouvement vert avaient trouvé la mort en détention en juillet 2009.
Delphine O | Photo: Tasnim - 7sobh

 

L’aveu inattendu du juge Saeed Mortazavi et le retour sur l’affaire de Kahrizak en 2009

Toute la classe politique qui a tremblé lorsque le procureur Saeed Mortazavi a présenté ses excuses pour l’affaire Kahrizak. Pour rappel : le 9 juillet 2009, des milliers d’Iraniens descendent dans la rue pour protester contre les résultats de l’élection présidentielle, qu’ils estiment frauduleux. La police arrête des manifestants et en emmène certains au centre de détention de Kahrizak. 147 détenus y sont enfermés pendant quatre jours dans une pièce de 70 m2, et dans des conditions inhumaines : absence d’aération et de climatisation en plein été, privation d’installations sanitaires, etc. Cinq jours plus tard, les détenus sont finalement transférés à la prison d’Evin mais il est trop tard : trois d’entre eux sont morts dans des circonstances épouvantables.

Jusqu’à présent, le juge Saeed Mortazavi, le procureur de Téhéran à l’époque, démentait en prétendant avoir été  ce jour-là était en congés pour “s’occuper de sa thèse”. Pourtant en 2013, la justice l’avait condamné pour complicité par assistance à homicide, participation à des détentions illégales et rédaction d’un faux rapport sur l’affaire. Malgré sa condamnation, Mortazavi continuait de démentir.

Or la semaine dernière, le juge Mortazavi a fini par publier une lettre où il présente ses excuses aux victimes. Toutefois, l’avocat d’une des familles de victimes met en cause la sincérité de cette repentance soudaine, en se référant à l’article 9 du code pénal iranien. Selon cet article, un meurtrier peut échapper à la peine de mort s’il obtient le pardon de la famille de la victime. En tout état de cause, l’aveu inattendu du juge Mortazavi apporte un point d’orgue à un des événements les plus tragiques de 2009. Le juge est le dernier d’une longue série de responsables politiques à reconnaître ces faits, qui ont longtemps été tabou en Iran.

Une nouvelle étape est franchie dans les relations commerciales entre l’Iran et les compagnies pétrolières étrangères

La commission parlementaire de l’énergie a enfin approuvé le nouveau modèle de contrats pétroliers. Le texte, qui avait provoqué l’ire des conservateurs qui l’accusaient de complaisance à l’égard des firmes étrangères, a dû être modifié à trois reprises. Cette quatrième et dernière version encadre les activités des compagnies pétrolières étrangères en Iran. Avec ce modèle de contrat, le gouvernement iranien espère attirer de nombreuses entreprises en leur donnant davantage de contrôle. Les investissements étrangers pourraient représenter jusqu’à 50 milliards de dollars annuels pour le secteur énergétique iranien.

Les jeux paralympiques de Rio entachés d’un deuil pour l’équipe iranienne

Samedi dernier, le cycliste iranien Bahman Golbarnejad est décédé des suites d’une chute aux Jeux paralympiques de Rio. À 48 ans, il participait à la course de cyclisme sur route masculine. C’est la première fois dans l’histoire des jeux paralympiques qu’un sportif meurt. Les organisateurs ont lancé une enquête sur les circonstances de sa mort. Golbarnejad, qui avait perdu une jambe pendant la guerre Iran-Iran à 19 ans, avait eu le courage de se lancer dans le cyclisme de compétition à 30 ans passés. Les réseaux sociaux se sont fait l’écho de la tristesse des Iraniens qui ont rendu hommage à ce vétéran de guerre et père de famille. Certains responsables politiques ont même souhaité que le coureur cycliste accède de façon posthume au titre de shahid (martyr), normalement réservé aux soldats morts pendant la guerre.

Ecouter l'intégralité de cette chronique sur l'émission de Mille et une voix de l'Iran :

 

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