Revue de presse francophone
L'Iran vu de la France : l’accord de l’OPEP sur le pétrole surprend la presse française
01 October, 2016
Chaque weekend, «  Lettres Persanes » vous propose une revue de presse complète de l'actualité iranienne traitée par les médias français (et parfois francophones). Au menu de cette semaine du 24 au 30 septembre : l’accord inattendu à l’OPEP malgré les bisbilles avec l’Arabie saoudite, Mahmoud Ahmadinejad renonce à la présidentielle, la libération d’une femme et la condamnation d’une autre, de superbes reportages photos…
Samuel Hauraix | Photo: Press TV

 C’est l’histoire d’un accord qui ne devait pas être trouvé. Ce mercredi, les 14 membres de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) se réunissaient à Alger en vue de s’entendre sur un gel de la production d’or noir, provoquant ainsi une logique remontée des prix. Cet accord, l’économique Challenges le jugeait « improbable », un jour avant la réunion. « Sauf énorme surprise, poursuit le média, [ils] ne devraient pas trouver d'accord […]. En cause: l'exacerbation des tensions entre l'Iran et l'Arabie saoudite. » « Le bras de fer entre l'Arabie saoudite et l'Iran continue », titre France 24 pour JT de l’éco. Ryiad, 1er producteur de l’organisation et de loin, prône le statu quo de la surproduction (et donc dumping) ; Téhéran aimerait retrouver son niveau de production d’avant les sanctions occidentales (4 millions de barils quotidiens). En gros, « si vous ne baissez pas, on ne baisse pas » de part et d’autre.


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Si bien que Le Monde en est même convaincu : « Il n’y aura pas d’accord. » L’article, intitulé « Téhéran douche tout espoir d’accord à Alger », fait référence aux propos du ministre iranien du pétrole, Bijan Namdar Zanganeh. Tout juste arrivé en Algérie, il déclare : « Atteindre un accord en deux jours ne figure pas sur notre agenda. »

Tout ce petit monde médiatique faisait fausse route. Car le lendemain, France 24 revient sur « l’accord surprise » finalement trouvé. Ce « coup de théâtre » prévoit un gel de la production dans une fourchette comprise entre 32,5 et 33 millions de barils par jour. L’annonce ne surprend Pierre Terzian, président de la revue spécialisée « Pétrostratégies », interrogé par le journal Les Échos. Selon lui, l’accord a été trouvé grâce à des inflexions politiques des deux frères ennemis. Aussi, « d'un côté l'Arabie saoudite et l'Iran sont au plus mal sur le plan politique, et se font la guerre sur des terrains tiers, comme au Yémen et en Syrie, quand il s'agit du pétrole, qui est vital pour eux, ils se mettent rapidement autour de la table ».

Pour La Tribune, cet accord c’est « 1-0 pour l'Iran face à l'Arabie saoudite ». Selon la journaliste, il « signe un tournant symbolique. L'Arabie saoudite est forcée d'admettre que sa stratégie de dumping a été un échec. C’est une démonstration des limites de l'Arabie saoudite, chef de file du cartel. Ryad a également perdu son match face à Téhéran qui devrait pouvoir conserver son niveau de production. »

« Prudence », tempère de son côté Le Point. L’hebdomadaire passe en revue les positions des principaux acteurs qui « promettent de limiter leur production. Mais avant la décision finale du 30 novembre, chacun va continuer à défendre ses propres intérêts ». Tout l’enjeu, d’ici la prochaine réunion, sera de connaître le niveau maximal de production accordé à chaque pays. La « faveur » saoudienne envers l’Iran serait-elle confirmé ? « Il n'est pas sûr que l'Arabie saoudite s'avoue si facilement vaincue », termine La Tribune.

Le « retour empêché » d’Ahmadinejad

L’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est lui avoué « vaincu » cette semaine. Les médias ont relayé en masse la décision de ce dernier de ne pas se présenter pour un troisième mandat présidentiel. Décision qui fait suite aux propos du Guide suprême. « Ali Khamenei, lui a « déconseillé » de se présenter en 2017 », rapporte Le Monde, qui précise qu’il ne s’agissait ni d’un « ordre » ni d’une « instruction », mais plutôt d’un « conseil ». Le Guide veut éviter de « polariser » le pays, sans doute en référence à la réélection contestée d’Ahmadinejad en 2009.  


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Résultat, le lendemain, RFI nous apprend que l’ancien président (2005-2013) « s'est plié à la volonté du Guide suprême » en renonçant à sa candidature dans une lettre adressée à Khamenei. Dans sa revue de presse, Le Monde revient sur ce « retour empêché ». « Comme l’explique The Washington Post, reprend le quotidien du soir, les propos d’Ali Khamenei s’apparentent à une « offensive préventive » pour déminer toute tentative de défiance vis-à-vis du réformateur Hassan Rohani. […] La théocratie iranienne privilégie d’ordinaire les doubles mandats, gage de continuité et de stabilité. »

Une femme libérée, une autre condamnée

Autre information très relayée : la libération d’Homa Hoodfar, professeure irano-canadienne retenue depuis sept mois dont trois en détention. « Téhéran l'accusait d'acte contre la sécurité nationale », informe Euronews qui montre les images de son arrivée à l’aéroport de Montréal. Le même jour, Puremédias nous apprend que « la journaliste Narges Mohammadi [a été] condamnée à 10 ans de prison » pour « avoir formé et dirigé un groupe illégal qui appelle à l’abolition de la peine capitale ». L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé la condamnation de cette militante des droits de l'Homme.

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En Syrie, la France mène une « politique erronée ». Voilà en substance ce qu’a déclaré Téhéran en réaction aux propos de Jean-Marc Ayrault, qui mettait en cause l’attitude iranienne et russe. La France « devrait examiner l'histoire récente de la région, en particulier le rôle de certains responsables gouvernementaux français qui ont soutenu des criminels comme Saddam (Hussein) », tonne un responsable cité par l’AFP et repris par Le Figaro. 

Slate, en se basant sur un article de Backchannel, raconte « comment l’Iran se construit un internet adapté à la censure ». En gros, c’est simple : « Les fournisseurs d’accès ont commencé à offrir des forfaits haut débit moins chers qui ne permettent de surfer que sur les sites locaux. […] Il est devenu beaucoup plus plaisant de naviguer sur des sites hébergés en Iran qu’à l’étranger. » Bémol : pour l’instant, cet « intranet » « n’est pas très concluant ».

Toujours à l’intérieur du pays, Europe1 évoque « l’introduction des premières cartes de crédit », information qualifiée de « révolution ». « Même si c’est à tout petit pas » qui ne concerne que 12 000 Iraniens, le symbole est fort : « C’était l’un des derniers endroits sur la terre où les cartes de crédits n’existaient pas. »

L’histoire d’Atlantico, basée sur un article d’IranWire, est beaucoup plus légère. Elle raconte le passage de Candy Charms, une actrice porno venue en Iran pour se faire refaire le nez. Lorsqu’elle « a posté son histoire sur Instagram, elle a provoqué une tempête » notamment sur les réseaux sociaux, où certains iraniens n’ont pas hésité à se lâcher.

On s’était gardé le meilleur pour la fin. Car on ne saurait que trop vous recommander le dernier numéro (automne 2016) de la superbe revue 6 Mois. Ce mook (contraction de magazine et book) spécialisé dans le photojournalisme consacre un triptyque à l’Iran et à ses « vents contraires », comme dit le titre en une. Au menu, trois histoires donc : une première sur « la vie très privée des mollahs » en reprenant des clichés de religieux postés sur Instagram ; la seconde, toute en noir et blanc, sur ces adolescentes « dans les couloirs de la mort » ; et enfin une virée dans le quotidien de trois soeurs d’Ispahan.

Bon week-end à tous !


 

Ecouter l'intégralité de cette chronique sur l'émission de Mille et une voix de l'Iran :

 

 

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