Revue de presse française
L'Iran vu de la France : les voitures françaises en course vers le marché iranien
09 October, 2016
Au menu de cette semaine du 1er au 7 octobre : Renault et PSA placent leurs pions en Iran, le drone iranien fait parler de lui, un amendement contre la peine de mort, une confidence posthume détonante de Shimon Pérès…
Samuel Hauraix | Samuel Hauraix | Photo: http://1car.ir/

 C’est la « course » automobile dont la presse française a parlé cette semaine. Les concurrents sur la ligne de départ ? Les plus gros constructeurs du secteur. Leur ligne d’arrivée est située à plus de 5 000 kilomètres, en Iran. Là où ils lorgnent un juteux marché, en pleine ouverture, de 80 millions de consommateurs. Et « l'un des marchés automobiles au plus fort potentiel de croissance », répètent les médias.

En fin de semaine dernière, il est d’abord question de Renault. Le Monde évoque la signature d’un « ‘accord stratégique’ pour la création d’une coentreprise en Iran ». Le partenaire en question est un « fonds d’investissement et de rénovation de l’industrie en Iran » IDRO (Industrial Development and Renovation Organization of Iran) ». Cette nouvelle usine, qui doit voir le jour en 2018 et dont Renault sera l’actionnaire majoritaire, doit permettre de quasiment doubler la production : de 200 000 à 350 000 véhicules. RFI insiste sur le fait qu’avec cet accord, la marque au losange « renforce sa présence » et ses « capacités existantes ». Mais les deux articles soulignent que le groupe PSA avait déjà un temps d’avance sur son concurrent. 

La presse va d’ailleurs s’intéresser de près à la stratégie PSA en Iran, dont le grand patron Carlos Tavares se déplaçait pour la première fois là-bas, en milieu de semaine. « PSA reprend le volant en Iran », titre par exemple Le Figaro qui a dépêché un journaliste sur place pour l’occasion. Le reportage nous apprend que « les rues de la capitale sont envahies par des Peugeot ». Logique : « Elles représentent [au moins] 25% du parc iranien ! » Et même 30% selon d’autres sources.

La contrée « Peugeotland » 

Mais on se doutait bien que la visite de Tavares serait suivie d’annonces. Le dirigeant en a profité pour « officialiser le lancement de l’IKAP, une coentreprise détenue à 50/50 par PSA et le constructeur iranien Ikco », informe BFM. Là encore, les ambitions sont grandes : « 200 000 unités produites à l'horizon 2021 » pour trois types de véhicules (Peugeot 2008, 301 et 208), et une volonté d’en exporter 30%. Si bien que pour Le Point, l’Iran est la « bulle d’oxygène » de ce groupe, contraint de quitter le pays en 2012. « Mêmes causes, mêmes effets, mais, lorsque les courants s'inversent, les conséquences basculent aussi », formule l’hebdomadaire. 

Ce retour s’annonce « fructueux », qualifie encore Le Monde, dont l’envoyé spécial a lui aussi été frappé par l’ « omniprésence » des Peugeot sur les routes iraniennes. L’auteur revient sur les conditions du « départ précipité » de 2012 : « Le groupe français avait déguerpi pour éviter d’être pris dans la tourmente des sanctions internationales […] Toute activité économique ou commerciale avec l’Iran aurait menacé l’existence même de l’entreprise française. » Aujourd’hui, quatre ans plus tard, « dans sa marche en avant iranienne, Peugeot-Citroën – on l’a vu – a choisi de marcher sur deux jambes : IKCO pour Peugeot, Saipa pour Citroën. Détail piquant, les deux marques « amies » de PSA se retrouvent, en Iran, sous des bannières fortement concurrentes. » Les Échos font d’ailleurs état du changement de stratégie affiché par le groupe : « Fini les voitures en kit envoyées pour finition, place aux coentreprises avec des industriels locaux (à 50/50,) à l'approvisionnement local et aux derniers modèles de la gamme. » 

Bref, PSA et Renault « sont en première ligne » pour nourrir « les grandes ambitions automobiles de l’Iran », constate le quotidien économique dans un autre article. Challenges parle même de « terre promise », avant de tempérer à cause de l’ « extrême complexité » du pays : « PSA se retrouve au cœur même des dissensions internes du régime, entre les réformistes, qui ont favorisé son retour, et les durs, opposés à l’ouverture du pays aux entreprises étrangères. » Suffisant pour contrecarrer cet eldorado automobile français ?

Plus de touristes, plus d’hôtels et vice versa 

Quitte à construire des voitures occidentales, autant aussi faire venir les Occidentaux, les touristes. Pour les voir affluer, Téhéran « veut encourager la construction d’hôtels », informe Le Figaro. Mesure phare : les investisseurs hôteliers seront exemptés d’impôts… pendant au moins cinq ans ! Séduisant. 

Une chose est sûre, ces multiples retours (et retours en devenir) de firmes résultent de l’accord du 14 juillet dernier. Rappel du deal : encadrement du programme nucléaire en échange d’une levée progressive des sanctions internationales. Promesses iraniennes tenues ? Yukiya Amano, directeur de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), répond par l’affirmative au Monde : « Je peux certifier que Téhéran respecte ses engagements à la lettre. Les Iraniens font ce qu’ils ont promis à la communauté internationale. »

 

L’envol du drone ?

À côté de la voiture, un tout autre véhicule, volant cette fois, a retenu l’attention des médias : le drone. « Un drone iranien qui ressemble curieusement à un drone américain », décrit en images Euronews. L’engin a tout simplement été « copié sur un modèle américain capturé en 2011 », précise L’Express. L’hebdomadaire rapporte que les Pasdarans sont parvenus « à ‘décoder’ les informations contenues dans l’appareil », avant d’en réaliser « un prototype copié ». De quoi donner des idées à son allié, la Russie. Car selon Le Monde, les Russes « convoitent cette technologie. La fédération de Russie est en retard dans ce domaine par rapport à ses concurrents occidentaux et cherche à le combler. » 

Téhéran et Moscou sont les alliés de Bachar al-Assad dans le conflit syrien. Le site géopolitique de France Info rapporte que l’Iran, et son autre allié le Hezbollah, « ne croient plus qu’à une solution militaire ». Sous entendu que la voie politico-diplomatique, totalement figée aujourd’hui, n’est plus d’actualité. « Le dernier mot viendra du champ de bataille », va dans ce sens Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah. 

À lire voir, voir, écouter également

« Si Shimon Peres n'était pas intervenu, Benjamin Netanyahu aurait bombardé l’Iran » L’attaque de papier d’Atlantico est efficace pour évoquer l’intervention, auprès du premier ministre, de l’ancien président israélien, décédé il y a quelques jours. Ce dernier avait demandé aux journalistes de garder cette information en off jusqu’à sa mort.

Pendant ce temps, pour faire face à la sécheresse, des Iraniens se mobilisent pour sauver les animaux sauvages affamés. Une histoire racontée par les Obervateurs de France 24. Relayée par les réseaux sociaux,  « cette initiative sauve des milliers d’animaux : des cerfs, des béliers, des antilopes, et même des guépards ».

France 24 encore consacre un sujet à la peine capitale, et à la démarche, somme toute peu commune, de 150 députés iraniens qui proposent un amendement pour réduire les condamnations à mort pour trafic de drogues. « En 2013, plus de 70 % des exécutions ont été prononcées contre des trafiquants », chiffre le média.

On ne connait pas encore le sort de ces 400 fonctionnaires qui, eux aussi, passeront devant les juges. Leur faute ? Avoir touché des salaires de plus de 6 000 dollars alors que le salaire moyen dans le public est seulement… de 400 dollars. « La justice a annoncé des poursuites contre ceux qui avaient touché des salaires exorbitants », rapporte RFI

Jason Rezaian, correspondant du Washington Post, va lui aussi poursuivre les autorités iraniennes après sa détention de 18 mois en Iran. Le Figaro (via AFP), qui se fait l’écho de l’information, affirme le journaliste va demander « une compensation financière d'un montant non précisé pour, entre autres, ‘cruauté, torture et maltraitance’ ».

Nous terminons cette revue de presse avec la culture. France 24 est allé à la rencontre de Sara Najafi, la musicienne iranienne, dont le documentaire « No Land’s song » raconte ses péripéties pour organiser un concert de femmes (françaises et iraniennes) à Téheran. « En ce qui concerne la musique, dit l’artiste, cela empire depuis trois ans. Je suis très contente d’avoir réussi à organiser, au moins une fois, ce concert en Iran.[…] Peut-être qu’on a ouvert une brèche, même si depuis 2013, il n’y en a eu aucun autre. »

Enfin, Le Monde propose un beau portfolio du célèbre photographe Abbas. Ce dernier a passé trois années à voyager en Inde, Népal, Sri Lanka et Indonésie. Résultat avec ses clichés, que l’auteur commente lui même, il « célèbre l’hindouisme ».

 

Bon week-end à tous !

 

Samuel Hauraix
Journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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