Revue de presse française
L'Iran vu de la France : regards médiatiques tournés vers Mossoul
30 October, 2016
Au menu de cette semaine du 22 au 28 octobre : les enjeux iraniens dans la bataille de Mossoul, la critique de l’ « ingérence » turque, l’élection américaine, la « photographie » intérieure complète du pays…
Samuel Hauraix | Photo: IRNA | Mostafa Heydari Hayi

Tandis qu’Alep, en Syrie, croule sous les bombes, une autre bataille contre les djihadistes, démarrée il y a une dizaine de jours, se joue dans le pays voisin en Irak : Mossoul, « capitale » irakienne de Daech. Comme le rappelait Le Monde dans sa revue des forces en présence sur le terrain, Téhéran apporte un « soutien financier, en armes et en entraînement aux milices chiites sur le terrain ». Et parmi les factions « Hachd Al-Chaabi (mobilisation populaire) », « groupes les plus puissants, comme Ketaëb Hezbollah (brigades du parti de Dieu), sont souvent décrits comme patronnés par l’Iran ».

Si, depuis des mois, il ne faisait plus de doutes sur la présence iranienne dans le pays, France 24 en a eu une nouvelle confirmation. Le média a invité en plateau Alaeddin Boroujerdi, président de la Commission des Affaires étrangères et de la Sécurité nationale au parlement iranien, de passage à Paris en début de semaine : « L’Iran coopère bien avec la coalition contre l’organisation EI à travers la présence de ‘conseillers militaires’ sur le terrain, en Irak et en Syrie, mais ‘sur la base du désir des gouvernements irakiens et syriens’. » Le même homme, interrogé par Le Monde, s’est positionné sur l’action des milices chiites. Il juge « très sage » le fait qu’elle combattront dans la région mais pas dans la ville, où la population sunnite les craint. « L’axe principal de l’attaque doit être entre les mains de l’armée et des tribus sunnites de la région, estime-t-il. S’il y a un manque d’hommes, en revanche, les forces de la Mobilisation populaire seront là pour le combler. »

Ces mêmes milices annoncent ce vendredi, qu’elles s’apprêtent à lancer une offensive depuis l’ouest de Mossoul, nous apprend L’Obs via Reuters. La dépêche reprend les propos du porte-parole de Forces de mobilisation populaire qui assure que leurs préparatifs au sud de la ville étaient terminés. 

Autre enjeu de cette bataille côté iranien évoqué par la presse : le rôle de la Turquie. À ce propos, Boroujerdi parle d’une « ingérence, au mépris du droit international. Et cela ne peut que créer de l’instabilité ». D’où ce titre d’un autre papier du Monde : « L’Iran, parrain des milices chiites, s’agace de l’activisme turc en Irak. »

Geopolis s’intéresse également à cette nouvelle tension géostratégique avec son papier « La Turquie et l’Iran veulent faire la guerre contre Daech à la carte ». « Téhéran ne souhaite pas que la Turquie soit associée à la reconquête de Mossoul et Ankara refuse que les combattants kurdes participent à la prise de Raqqa », écrit le média. Conclusion : ces « préoccupations communautaires, géographiques et politiques » risquent « de prolonger indéfiniment la reconquête ». 

USA : regards persans sur le futur président

 Outre ses voisins, l’Iran regarde également avec intérêt ce qu’il se passe outre-atlantique avec l’élection présidentielle américaine. La plupart des médias français ont relayé la petite mais éloquente formulation du président Rohani : « Est-ce que je préfère le mal au pire ou le pire au mal ? », en référence aux deux candidats en lice, Hillary Clinton et Donald Drumpf. Si bien que pour Le Parisien, qui reprend l’AFP, Téhéran « n'attend rien de bon de la présidentielle américaine ». On y apprend par exemple que « pour la première fois, un débat entre candidats à l'élection présidentielle américaine été retransmis en direct à la télévision publique ». D’aucuns tentent d’imaginer quel prochain président sera le « pire » pour la relation irano-américaine. 

Cette élection est certainement observée aussi du coin de l’oeil par les chefs d’entreprises qui lorgnent le marché iranien. L’installation en Iran, c’est le désir de beaucoup d’entre eux depuis la détente. C’est aussi « une course d’obstacles redoutable », dit un patron cité par Challenges. L’article revient sur les complications maintenant bien connues des entrepreneurs avec notamment « la frilosité des banques françaises à financer les entreprises dans leurs projets persans ». On apprend en revanche que le groupe PSA Peugeot-Citroën, après avoir sollicité une « demi-douzaine de grandes banques françaises », s’est tourné… « vers la petite banque italienne Banca Popolare di Sondrio pour transférer 14 millions d’euros en Iran ».

Certaines entreprises prennent de l’avance

Autre « parade » aux sanctions américaines mentionnée par le Journal des entreprises : « beaucoup d’Iraniens facturent les commandes via des filiales qu’ils détiennent à l’étranger ». De quoi maintenir l’ « enthousiasme » affiché par ces entreprises des Pays de la Loire, dont il est question dans l’article, enjouées à l’idée de gagner « l’eldorado » iranien.

Si certains trouvent le temps des affaires avec l’Iran encore long, Le Figaro pense au contraire qu’ « en Iran, depuis la levée de l’embargo international les choses vont vite. Très vite. » Dans son court article, il est question d’une entreprise d’ingénierie française, le Groupe Nox, présente « sur le chantier de ce méga-centre commercial iranien » : l’Iran Mail, un million de mètres carrés et 2,5 milliards d’euros d’investissement !

D’autres gros investissements sont également à prévoir dans les secteurs pétrolier et gazier. Les compagnies pétrolières internationales ont jusqu'à la mi-novembre pour postuler aux appels d'offres d’une cinquantaine de projets. L’échéance approchant, « les Gardiens de la révolution iranienne, qui contrôlent des pans entiers de l’économie, font vibrer le sentiment national pour pouvoir participer au processus », informe RFI. On saura en mars prochain si les compagnies étrangères ont pris le pas sur les « conglomérats iraniens, aux mains de l’élite religieuse ».

Dense portrait de l’Iran

« Iran, une société face à la mondialisation », affiche d’ailleurs à sa une, la revue géopolitique Moyen-Orient (en kiosque). Sa dernière édition octobre-décembre, dont nous n’avions pas parlé jusqu’ici, consacre un très dense dossier au pays. Société, identités, fuite des cerveaux, économie, sociologie des pratiques religieuses… À l’aide de cartes et illustrations parlantes, chercheurs et journalistes dressent le portrait de l’Iran d’aujourd’hui, une photographie intérieure complète aux multiples entrées de lecture. On recommande vivement ! 

Un mot de culture enfin, avec Négar Djavadi qui poursuit, chez RFI, la tournée de promotion de son premier ouvrage « Désorientale ». Un livre où le personnage de Kimiâ, comme elle l’explique, a été nourri par sa propre expérience : « Moi aussi j’ai connu l’exil par les montagnes du Kurdistan iranien. On a rien à part un sac, que j’ai perdu d’ailleurs. On se retrouve quasi nue ailleurs. On se réveille dans une autre vie. C’est une impression de renaissance. » 

Bonne semaine à tous !

 

Samuel Hauraix
Journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
© 2016 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.