L'Iran vu de la France : Syrie et Irak n’épargnent pas les Iraniens
25 November, 2016
Au menu de cette semaine du 19 au 25 novembre : attentat en Irak, collision entre deux trains, l’Iran dans le duel Fillon/Juppé, la suite de l’épisode des vaches normandes, la mode du « persinglish »…
Samuel Hauraix |

Attentat, catastrophe ferroviaire… Cette semaine, dans la presse française, l’Iran a essentiellement été associé à plusieurs événements dramatiques. Il a d’abord été question de la Syrie, où la barre symbolique des 1 000 Iraniens tués a été franchie.

« Ce chiffre est nettement supérieur au dernier bilan officiel fourni par la République islamique, qui faisait état de 400 morts au mois d’août, dont la moitié étaient des Afghans »,

écrit Le Monde. Et « c'est la première fois qu'un responsable iranien [en l’occurrence le chef de la fondation des martyrs iraniens] fait état d'un nombre aussi élevé de morts dans le conflit syrien », complète RFI. L’un comme l’autre rappellent que Téhéran est engagé dans ce conflit aux côtés de son allié Bachar al-Assad. Engagement qui s’est « accru » au fil des mois, avec l’envoi de « ‘volontaires’ », parmi lesquels on compte « des combattants iraniens, mais aussi afghans, pakistanais et irakiens ».

Son voisin irakien justement n’est pas épargné par les déflagrations du conflit syrien. Le sud de la capitale irakienne a été le théâtre d’un attentat (au camion piégé) visant la population chiite, revendiqué par l’État islamique. Bilan : au moins 70 morts. « Dont des pèlerins iraniens de retour de la ville sainte chiite de Kerbala », précise France 24 qui évoque « au moins 12 » tués de nationalité iranienne. Les sources divergent sur ce nombre. LCI, comme d’autres, parle au contraire d’une « majorité » d’Iraniens tués dans le drame, et qualifie donc l’événement d’ « attentat contre des pèlerins iraniens ». RFI parle, elle, du « lourd tribut » payé par l’Iran dans cette attaque. Dans la foulée, le président Hassan Rohani, cité par Le Figaro via l’AFP, s’est empressé d’appeler Bagdad à « agir plus résolument » contre ces actes.

L’intérieur du pays a également été secoué par un grave accident, survenu ce vendredi, dans le nord de l’Iran, à proximité de Téhéran : la collision de deux trains de passagers. Ouest-France faisait d’abord état d’ « au moins 15 morts » et début de journée. Un bilan sans cesse revu à la hausse dans la journée. À la mi-journée, Europe 1 évoquait « au moins 31 morts et 70 blessés ». Les images des wagons enflammés, diffusées par Euronews, sont impressionnantes.

L’avenir du pays en question

Fort heureusement, cet « enchaînement » dramatique n’a pas monopolisé la scène médiatique française. Plusieurs radios se sont penchées en profondeur sur l’avenir du pays. « Quelle place pour l'Iran dans le concert régional et global, après l'accord de 2015 ? », s’interroge en premier lieu RFI, qui fait appel à plusieurs spécialistes de la question, dont un certain Mohammad Reza-Djalili, historien et politologue. Cette émission-débat de 40 minutes balaye bon nombre de questions d’actualité : élection de Donald Trump, « convergence » Arabie saoudite-Israël, place des États-Unis, relation avec la Turquie…

Dans le même temps, France Culture se pose une question transversale : « Quel niveau de réinsertion régionale ? » Pour y répondre, Pierre Razoux, l’auteur de « La guerre Iran-Irak », parti à la rencontre de dirigeants iraniens. Il en rapporte cette donnée intéressante : « De très nombreux interlocuteurs m’ont dit que ce qu’ils craignaient le plus, c’était la Russie [et non pas l’Arabie saoudite]. Avec cette crainte, on retrouve le vieil ADN historique des Persans. »

Enfin Radio Courtoisie, dans son « Libre Journal des chevau-légers » (sic) se demande si « l'Iran est une nouvelle puissance diplomatique et commerciale ». L’avocat Ardavan Amir-Aslani, énumérant les ressources et les capacités du pays en vient à la conclusion que l’Iran « est probablement le marché émergent non encore émergé le plus important du monde ». 

La presse s’est également arrêtée sur plusieurs cas de condamnations de personnes. Le Figaro, avec agence, rapporte que le « cinéaste iranien Keywan Karimi, emprisonné [pour un an], doit recevoir 223 coups de fouet ». Incarcéré cette semaine, le réalisateur avait, en premier lieu, été condamné à six ans de prison pour avoir dirigé un film sur les graffitis de la capitale. Dans une toute autre affaire, la justice a également condamné aux coups de fouets, 80 cette fois, une jeune femme de Mashad « pour entorse à la morale islamique », dit RFI qui retrace brièvement cette condamnation liée à une fête d’anniversaire. La condamnation d’une autre femme, l’irano-britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, est reprise par l’Express. « Emprisonnée et accusée d'avoir participé en 2009 à un ‘mouvement de sédition’ », elle a entamé une grève de la faim. Et même évoqué le suicide.

Fillon/Juppé : différence de vues

Un mot sur l’actualité qui anime la scène politique française : la primaire de la droite et du centre. Les deux qualifiés pour le second tour de ce dimanche, François Fillon et Alain Juppé, ne s’entendent pas sur la question iranienne. Le premier, pro-russe affirmé depuis des années, l’a redit ce jeudi au débat télévisé : « Il faut parler avec l’Iran car quelque soit les défauts de ce pays, il a un rôle clé dans le conflit syrien aujourd’hui. » Tout le contraire de son adversaire, cité par Le Figaro, qui « s'oppose à une alliance de circonstance avec l'Iran pour combattre l’EI. […] Il estime qu'il n'est pas de bon ton de se rapprocher militairement d'un régime ‘qui joue un rôle très déstabilisateur dans la région, en soutenant les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak, et également le régime de Bachar el-Assad en Syrie’. »

Nous terminons cette revue de presse avec un peu plus de légèreté avec ce court reportage d’Euronews sur les premières chutes de neige à Téhéran, véritable « bouffée d’oxygène pour les habitants » après plusieurs jours de pollution.

Quid des vaches normandes ?

 Un air plus acceptable que viendront peut-être bientôt respirer… les fameuses vaches normandes dont nous vous parlions la semaine dernière ! Pour rappel : lors du passage d’une délégation d’entreprises, le président de la région Normandie, Hervé Morin, avait été interpellé par un gérant d’abattoir pour l’obtention de 300 vaches. « Le dossier suit son cours », écrit dans son édition papier Ouest-France, car une rencontre entre les deux hommes a eu lieu cette semaine à Rouen. Une antenne pourrait même voir le jour dans l’Orne pour faciliter l’échange. À propos du voyage de cette fameuse délégation, France 3 Normandie revient sur ce « feuilleton » avec une série de sujets réalisés sur place.

Tandis que la Normandie entend s’implanter en Iran, l’anglais, lui, gagne déjà du terrain. En lisant le papier des Observateurs de France 24, on apprend que « de plus en plus de restaurants, fast-food et bars en Iran écrivent les noms des plats et boissons en anglais dans leur menu » mais écrit avec l’alphabet persan ! Ce phénomène du « persinglish » ne semble pas plaire à tout le monde car il pousserait les prix à la hausse.

Enfin SoFoot réalise un portrait de Sardar Azmoun, « le tsar iranien » du ballon rond. « Jeune, talentueux et potentiellement beau gosse, Sardar Azmoun a toutes les caractéristiques de la star en puissance », ne tarit pas d’éloges le média spécialisé.

 

Bon week-end !

 

Samuel Hauraix
Journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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