L'Iran vu de la France : un accord pétrolier scruté de près
03 December, 2016
Au menu de cette semaine du 26 novembre au 2 décembre : la « victoire pétrolière iranienne » au dernier sommet de l’OPEP, le vote du Congrès américains en faveur du prolongement des sanctions, un reportage à Téhéran pour mesurer les bénéfices de l’accord de juillet 2015...
Samuel Hauraix | Photo: SHANA

Le décor avait des airs de déjà-vu. Cette semaine, les négociateurs iraniens faisaient leur retour à Vienne en vue de trouver un accord. Non pas autour du nucléaire cette fois, mais du pétrole. Ils étaient accompagnés des 13 États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, l’OPEP. Une réunion scrutée de près car il s’agissait de « transformer l’essai » du pré-accord trouvé en septembre dernier. « Un échec à Vienne serait un coup très dur porté à l’OPEP », estimait Francis Perrin, président de Stratégies et politiques énergétiques, cité par Challenges avant l’échéance. 

L’échec n’a pas eu lieu. Le cartel a fini par s’entendre pour trouver un accord de réduction de production, qualifié d’ « historique » par La Croix ou Les Échos. Un accord, effectif au 1er janvier prochain, obtenu « à l’arraché » nuance toutefois Le Monde. Il prévoit une baisse de sa production de 1,2 million de barils par jour, ce qui porte son plafond à 32,5 millions de barils quotidiens. Une telle décision est une première depuis 2008. L’OPEP, poussée par « l’urgence de s’entendre pour renflouer les caisses des États pétroliers », a donc réussi à « surmonter ses divisions », écrit Le Figaro. Car si l’Arabie saoudite doit concéder la plus forte baisse de production (- 500 000), son rival iranien, lui, a obtenu le droit de produire un peu plus (+ 90 000).

L’Iran peut donc « crier victoire », comme dit RFI :

« Téhéran a eu gain de cause en se montrant ferme pour récupérer ses parts du marché. Face à une crise financière et économique, l’Arabie saoudite a fini par céder. »

Tant et si bien que le prix du pétrole est, selon un décryptage d’Atlantico, « l’arme fatale de l’Iran pour ruiner l’Arabie Saoudite et renforcer son influence sur le monde arabe ». « Visiblement, poursuit l’éditorialiste, les marchés attendent de savoir qui, de l'Arabie Saoudite ou de l'Iran, prendra le leadership politique dans la région. La ‘guerre’ n'est pas terminée, mais elle évolue très vite au profit de l’Iran. »

Nouveau cycle de 10 ans de sanctions en vue

Moins de 48 heures après cette « victoire pétrolière iranienne », un signal moins positif en faveur de Téhéran tombait : le vote du Sénat américain en faveur d’une prolongation de 10 ans des sanctions, imposées depuis 1996 et renouvelées chaque décennie. Il a voté à « une écrasante majorité, à 99 voix pour, zéro contre », chiffre TV5 Monde avec AFP. « Une loi sur ces sanctions doit rester en vigueur pour permettre de les réinstaller immédiatement si l'Iran viole l’accord » de juillet 2015, défendent les sénateurs dans ce même papier. Ce texte, qui prévoit des pénalités pour le secteur bancaire, ainsi que pour les industries de l'énergie et de la défense, est donc un bon moyen pour « Washington de maintenir la pression Téhéran », déduit Courrier International. Un vote « largement symbolique », estime le New York Times cité par l’hebdomadaire français. Le Figaro, via l’AFP, nous apprend que dans la foulée, « l’Iran appelle Obama à mettre son véto » à ce vote, le jugeant « contraire à l’accord sur le nucléaire ».

Quel avenir pour l’accord ?

Revenir sur cet accord serait d’ailleurs « une pure folie », a estimé le patron de la CIA, John Brennan. Une prise de position forte reprise par Le Figaro, avec Reuters, qui rappelle que son successeur Mike Pompeo, désigné par Trump, entendait « revenir sur cet accord désastreux avec le plus grand État parrain du terrorisme ».

Quelle sera d’ailleurs l’attitude de François Fillon, que l’on dit aujourd’hui favori pour la prochaine présidentielle française, à cet égard ? « Une position plus ouverte, plus proche, à la recherche de solutions pragmatiques, estime l’ancien ambassadeur français en Iran, François Nicoullaud, interrogé par Euronews.

 « se battra si nécessaire pour la continuation de cet accord. » 

Une chose est sûre : les Iraniens n’ont pas encore récolté tous les bénéfices liés à cet accord. Alors RFI se pose cette question cette semaine : « Où en est l’ouverture ? » Pour y répondre, Nicolas Falez s’est rendu à Téhéran pour un grand reportage d’une vingtaine de minutes. Le journaliste nous balade dans les rues de la capitale, à la rencontre de plusieurs acteurs économiques, plus ou moins enthousiastes. Avec en trame de fond la crainte et l’incertitude liée à l’élection de Donald Trump.  

À lire lire, voir, écouter ailleurs

Le week-end dernier a été marqué par le décès du leader cubain, Fidel Castro. Le président iranien Hassan Rohani, cité par l’Obs, a rendu hommage à ce « guerrier infatigable ». FranceTVInfo nous apprend que les deux alliés, la Syrie et l’Iran, ont été « les premiers pays du Moyen-Orient à réagir » à sa mort.

Ce n’est pas la peine capitale qui attend Ahmad Montazeri mais 21 ans de prison. Comme le raconte RFI, le fils l'ayatollah Montazeri, haut dignitaire du régime iranien dans les années 1980, a été condamné pour « avoir divulgué des enregistrements secrets dans lesquels son père dénonçait des exécutions commises en 1988 ». « En raison de son grand âge, 60 ans, et notamment d'un casier judiciaire jusqu'alors vierge, poursuit le média, il ne devra purger finalement que six ans de prison. » 

Plus insolite, les Observateurs de France 24 racontent l’histoire d’un député réformiste qui « échappe à l’arrestation… grâce aux réseaux sociaux ». Des centaines de personnes (activistes, députés, anonymes…) se sont réunies devant le domicile de Mahmoud Sadeghi, après que la tentative d’arrestation de ce dernier a été relayée sur Telegram. Décrit comme « très critique des autorités iraniennes », il devait être arrêté pour ‘diffusion de mensonges’ et ‘troubles à l’ordre public’. Selon le média participatif, c’était « la première fois que des messages diffusés par ces canaux permettent d’empêcher une arrestation ».

Nous terminons cette revue de presse par le volet culturel. Le Monde nous apprend d’abord que le nouvel an célébré en Iran, et bon nombre de pays voisins (Afghanistan, Azerbaïdjan, Inde, Iraq, Kazakhstan…), fait son entrée au patrimoine immatériel de l’Unesco. « ‘Nawrouz’ (« jour nouveau »), ‘Novruz’, ‘Nowrouz’, ‘Nauryz’ et autres dénominations, selon les pays est célébré le 21 mars », rappelle le quotidien du soir. 

Le Courrier International s’intéresse à l’exposition de la collection d’art de Farah Diba, l’épouse du shah d’Iran qui doit se dérouler à Berlin, ces prochains jours. Censée du moins, car Téhéran n’a toujours pas donné son autorisation pour faire voyager les tableaux de maîtres achetés par l’ancienne impératrice. Alors « viendra ou pas viendra pas ? », s’interroge le quotidien bavarois, cité par l’hebdomadaire français, selon qui l’Iran fait office de « partenaire insondable et peu pratiqué ». 

Autre « impératrice », régulièrement à la une : Golshifteh Farahani. L’actrice, qui incarne une Libanaise pour son prochain film Go Home, se prête au jeu de l’interview express de Madame Figaro. On apprend par exemple que sa madeleine de Proust est « le son, l’odeur et la lumière des saisons qui me ramènent dans mon enfance en Iran ».

Le réalisateur Asghar Farhadi est lui à la une de FranceTVInfo, qui reprend l’AFP. De retour à Hollywood avec son « Client », il est décrit comme l’ « ambassadeur de la culture iranienne en Amérique » :

« Il ne se sent pas investi de la mission de torpiller les fausses idées américaines sur la société iranienne, mais reconnaît que son travail est devenu un vecteur de dialogue entre les deux peuples. »

Citons enfin la dernière édition de la revue Histoire et civilisations qui consacre sa une à « Quand l’Iran s’éveilla ». Une plongée dans l’Histoire « des empereurs perses aux chahs persans », avec notamment un focus sur Ispahan, « gloire de l’Empire séfévide triomphant ». La revue, comme le dit son éditorial, se veut répondre à « un désir d’Iran qui existe aujourd’hui. La Perse exerce une fascination plus ancienne et plus profonde qu’un attrait touristique superficiel. » 

Bon week-end !

 

 Ecoutez l'intégralité de l'émission de Mille et une voix de l'Iran, y compris la revue de presse de Samuel Hauraix : 

Samuel Hauraix
Rédacteur en chef adjoint de Lettres Persanes, journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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