Haj Mirza (Azadegan) : un salon de thé atypique à Ispahan
09 January, 2017
Le fils du fondateur explique que l'endroit qui accueille actuellement les visiteurs était d'abord, à l'époque de Shah Abbas Ier (1588-1629), une étable d'hiver. Puis, il y a 120 ans environ, cette pièce a servi à entreposer les réserves de riz avant de devenir, il y a un siècle, un salon de thé, derrière de la place Naghsh-é Djahân.
Iran | Mohammad Masoumian | Photo: Hamidreza Nikoomaram - Fars

Le vieil homme avait deux passions : son salon de thé et les antiquités. Il achetait tout ce qui lui plaisait et l'accrochait dans son magasin. Des années plus tard, les antiquités se sont accumulées dans tous les coins et recoins de son échoppe et c’est ainsi que le salon de thé Haj Mirza est devenu un incontournable touristique. Située sur la grande place Naghsh-é Djahân, cette « maison de thé » atypique fait partie de ces établissements pour lesquels on aimerait avoir une paire d'yeux supplémentaire tellement il y a de choses suspendues çà et là.


Derrière le bazar encerclant la place Naghsh-é Djahân, une petite ruelle mène jusqu'à ce lieu unique. Le chemin semble plus facile à trouver pour les étrangers que pour les touristes locaux. On accède, par une porte en bois, à un corridor aux murs pleins d'étranges bibelots puis on débouche sur un ancien caravansérail. Gholam-Hossein Khajeh - qui a hérité de l'établissement après le décès de son père, Mohammad-Ali Khajeh - raconte qu'il y a bien longtemps, on attachait les chevaux au milieu de la petite cour du caravansérail. L’étroit couloir qui mène au salon de thé est couvert d'antiquités, du sol au plafond, au point que les murs ne sont plus visibles. Le fils du fondateur m’explique que l'endroit qui accueille actuellement les visiteurs était d'abord, à l'époque de Shah Abbas Ier (1588-1629), une étable d'hiver. Puis, il y a 120 ans environ, cette pièce a servi à entreposer les réserves de riz avant de devenir, il y a un siècle, un salon de thé.

« Les antiquités, c'était la passion de mon père qui est décédé il y a deux ans. Autrefois, les gens aimaient beaucoup ces anciens objets mais de nos jours, les jeunes ne semblent pas s’y intéresser. Aujourd'hui encore, tout ce qu'on m’apporte, je l'achète et je l'accroche ». Lorsque je lui ai demandé combien coûtaient ces objets et s'il avait déjà compté combien il y en avait, il a passé la main sur sa barbe blanche et m’a répondu avec un joli accent ispahanais : « je ne sais pas du tout combien il y en a et nous n'avons pas non plus estimé la valeur de ces objets. En fait, j'ai peur de les compter et que ça nous porte le mauvais œil ! » Cela fit rire un de ses amis assis derrière le comptoir ainsi que le serveur qui était en train de s'occuper des clients. « On achète encore mais on ne vend pas ! », insiste M. Khajeh.


Les clients arrivent par vagues successives ; ils ont les yeux rivés sur les innombrables objets accrochés autour d’eux et prennent des photos. D'un bout à l'autre, la maison de thé est remplie de touristes.  Au milieu du salon de thé, un espace a été aménagé pour les familles.

C'est jeudi, premier jour du week-end iranien. Devant la porte, ils ont disposé un plateau plein de dattes sur une jolie nappe tissée en cachemire. Tous les passants se servent, et en particulier les étrangers qui entrent dans la maison de thé. L'un d'eux prend même un cendrier propre en guise d'assiette et le remplit de dattes. Le propriétaire montre la scène à son apprenti et va chercher une assiette à dessert pour remplacer le cendrier. « Nos clients sont principalement des étrangers, surtout des Français et des Allemands », me précise-t-il.


La spécialité de l'établissement, leur « marque de fabrique », comme dit M. Khajeh, c'est le dough (boisson à base de lait fermenté) servi avec des goush-e fil (pâtisseries dont le nom signifie littéralement « oreilles d'éléphant »). Il y a aussi de nombreux autres plats traditionnels iraniens comme le dizi, le kashk-e bâdemjân, le halim, etc. Sur les vieilles photos accrochées aux murs, on constate qu'il y avait autrefois des narguilés. Ne voyant personne en fumer, j’ai questionné M. Khajeh quant à leur absence. « Plus de 300 salons de thé ont été fermés à Ispahan parce qu’ils proposaient des narguilés ; beaucoup se sont retrouvés au chômage à cause de cela » m’a-t-il répondu tristement.


J'ai englouti le dough et les goush-é fil que M. Khajeh m'a offerts. Mes yeux ne se lassaient pas d'observer en détail les innombrables et étranges objets accrochés ; j'aurais voulu rester plus longtemps dans ce salon de thé. Je me suis donc promis une chose : y revenir chaque fois que je passerai à Ispahan.




Iran
Quotidien officiel du gouvernement iranien.
© 2016 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.