Qui remplacera Hashemi Rafsandjani ?
16 January, 2017
Le décès de l'ayatollah Hashemi Rafsandjani soulève d’importantes questions, notamment celle de son successeur à la tête du Conseil de discernement et de l'intérêt supérieur du régime. En raison de la prépondérance de cette institution dans l'organisation de la vie politique iranienne, la réponse à cette question est bien sûr d’un enjeu capital.

Le triple rôle du Conseil de discernement

La loi constitutionnelle attribue huit fonctions au Conseil de discernement.  En vertu d’une directive du Guide de la Révolution datant du 6 avril 1998, un mandat supplémentaire a été confié à cette institution : veiller à l'application des politiques générales du régime. Ces neuf devoirs peuvent se regrouper en 3 catégories :

- Le Conseil a tout d'abord un rôle politique, celui de veiller à la stratégie générale du régime. Cela signifie à la fois conseiller le Guide dans la détermination des principales orientations du système politique iranien (article 110, alinéa 1), veiller à leur application ainsi qu’accompagner une éventuelle révision de la Constitution (article 177).

- La médiation est la deuxième fonction du Conseil. Pour régler les différends entre les forces politiques iraniennes, cette institution peut proposer au Guide des solutions aux problèmes insolubles par voie habituelle (article 110, alinéa 8). De même, dans le cas où le Conseil des gardiens de la Constitution juge contraire à la Constitution une loi votée par le Majlis  - le Parlement iranien - le Conseil de discernement détermine l’intérêt de la nation (article 112) et conseille le Guide de la Révolution dans les affaires que ce dernier a renvoyées au Majlis. Par conséquent, il est nécessaire  que la plupart des forces politiques du pays reconnaissent officiellement l’autorité du président du Conseil.

- Enfin le Conseil est habilité à agir en tant qu’institution intérimaire. Selon la Constitution, en cas de défaillance du Guide, un conseil temporaire de trois membres - le Président de la République, le Chef du pouvoir judiciaire et l’un des jurisconsultes du Conseil des gardiens élu par le Conseil de discernement - est mis en place (article 111). Dans cette situation, le Conseil de discernement est aussi responsable de l'approbation des devoirs du guide et du choix du remplaçant de l'un des membres du conseil intérimaire dans le cas où celui-ci serait dans l'impossibilité d'assumer ses fonctions. De ce fait, le Conseil de discernement est considéré comme la seule institution ayant la haute main sur le conseil intérimaire.

 

Hashemi Rafsandjani : stratégiste non-partisan

C'est pourquoi on peut affirmer qu'Ali Akbar Hashemi Rafsandjani était le meilleur choix pour la présidence du Conseil de discernement. Sa grande expérience dans le domaine législatif comme exécutif ainsi  que son statut de commandant en chef des armées ont fait de lui un homme que la plupart des observateurs considèrent comme « le plus grand stratège de la République islamique d'Iran ». Par ailleurs, bien que Rafsandjani ait été proche des réformistes à la fin de sa vie, son long passé de luttes politiques montre qu'il ne se retrouvait dans aucune des deux principales forces politiques iraniennes, les réformistes et les conservateurs. Il fut lui-même le fondateur d'un courant qui est aujourd'hui célèbre sous le nom des modérés. C'est ce va-et-vient entre ces deux mouvances qui a donné à Rafsandjani la force qui lui a permis de mener à bien son devoir de médiation à la tête du Conseil de discernement. Parmi les successeurs proposés, aucun n'a la stature de Rafsandjani.

Spéculations

Ali Akbar Nategh-Nouri (72 ans)

Inspecteur en chef du bureau du Guide suprême

Réélu cinq fois député et deux fois président du Majlis, il fait partie des noms qui reviennent souvent. De par son expérience dans les hautes sphères politiques et grâce aux relations qu'il entretient avec les réformateurs comme les conservateurs, beaucoup d'observateurs pensent que A. Nategh-Nouri est plus à même de remplir le rôle de médiation du Conseil du discernement.

 

Hassan Rouhani (68 ans)

Président de la République islamique d'Iran

Grâce à ses activités politiques avant la Révolution, son expérience de commandant de divers corps d'armée pendant la guerre Iran-Irak, ses cinq mandats au Majlis, son poste de secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale et de président du Centre de recherche stratégique du Conseil de discernement, H. Rouhani est le politicien iranien qui est le plus proche d’Akbar Hashemi Rafsandjani.

 

Mohammad Hashemi Shahroudi (68 ans) 

Président du Conseil suprême de règlement des différends entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire

Bien que cet ancien chef du système judiciaire iranien n'ait pas autant d'expérience que Hassan Rouhani et Ali Akbar Nategh-Nouri dans les hautes sphères politiques, sa présidence pourrait être - selon de nombreux analystes - le signe d'une continuité dans le rôle de médiation attribué au Conseil de discernement.

 

Mohammad Yazdi (85 ans)

Président de la Société des enseignants de l'École théologique de Qom et membre du Conseil des gardiens

Malgré son passé de lutte politique avant la Révolution, cet ancien chef du système judiciaire iranien n'a aujourd'hui plus les conditions physiques requises pour assumer la présidence du Conseil. Par conséquent, il semble que sa nomination ne puisse apporter une quelconque amélioration dans les grandes orientations du régime, bien qu'elle serait synonyme - pour l'aile conservatrice du régime - d’une atténuation du rôle de médiation du Conseil de discernement.

 

Ali Akbar Velayati (71 ans)

Président du Centre de recherche stratégique du Conseil de discernement

Il a été le premier choix de l'actuel guide Khamenei, alors président (1981-1989), pour le poste de Premier ministre avant d'être ministre des Affaires étrangères pendant seize ans (gouvernements de Mir Hossein Moussavi puis de Hashemi Rafsandjani). Il fait partie des bureaucrates les plus expérimentés et dont le nom est sur toutes les lèvres. Sa non-appartenance au clergé pourrait être le point faible de sa candidature. 

Ebrahim Raisi (57 ans) 

L'administrateur  de Astan-e Qods Razavi,  plus grande fondation religieuse du pays, qui gère le mausolée de l'imam Reza à Mashhad et diverses institutions religieuses et caritatives. 

Les autres candidats

Sadegh Amoli Larijani (56)

Chef du pouvoir judiciaire 

Mahmoud Ahmadinejad (61 ans)

 Ancien Président de la République islamique d'Iran

 

 

 

 

Vaghaye Ettefaghiyeh وقایع اتفاقیه
Quotidien réformateur
© 2016 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.