Les trois raisons de l'échec du rétablissement des relations bancaires avec l'Iran
17 January, 2017
Pour Tahmasb Mahazeri - ancien ministre de l'Économie et ex-président de la Banque centrale d'Iran (CBI) -, c’est pour trois raisons différentes que, depuis l’accord sur le nucléaire, l’éclosion tant attendue de l’économie iranienne n’a pas eu lieu. L’un des facteurs invoqués par ce spécialiste de l’économie est extérieur à l’Iran, tandis que les deux autres se rapportent à l’intérieur du pays.
Etemad | Photo: hemayatonline.ir

À votre avis, pourquoi le système bancaire iranien n'a pas pu tirer profit de l'accord nucléaire ?

T. M. : Les sept pays signataires de l'accord sur le nucléaire iranien,« Joint Comprehensive Plan of Action » (JCPOA), avaient accepté d’inaugurer une collaboration économique avec Téhéran, une fois les négociations terminées. Pour une coopération de telle nature, il faut d'abord éliminer les obstacles liés aux relations bancaires. Bien que cela ait été convenu sur le papier, comme le suggère votre question, le système bancaire n'a pas pu tirer les bénéfices de cet accord.

Dans quelle mesure cet échec est à imputer à des facteurs intérieurs et extérieurs à l'Iran ?

T. M. : On peut appréhender cette question sous deux angles différents. Une part du problème est  d’abord à attribuer à la mauvaise foi des Américains, ce qu'il faudrait examiner de plus près. Les inquiétudes de l'Iran à ce sujet ont d’ailleurs fait partie des discussions au programme de la dernière commission qui a eu lieu à Vienne, ce mardi 10 janvier. J'espère que de ce sommet découleront des résultats positifs.

L’autre partie du problème est d’ordre financier et concerne l'économie et la gestion de nos propres banques. Cela fait une douzaine d'années que nos établissements bancaires n'ont aucun rôle à jouer au niveau international et que les relations avec les institutions financières internationales sont très limitées. C'est dans ce contexte que deux facteurs aggravants sont venus s’ajouter. Tout d'abord, nos banques ne sont pas adaptées au mode de gestion et de contrôle des établissements financiers mondiaux et n’ont pas fait de changements ni de mises à jour de leurs systèmes internes et de leurs logiciels. Nous sommes donc confrontés à un retard inquiétant dans ce secteur.  

Avant que vous ne passiez au second facteur, pourriez-vous nous expliquer la raison de cette négligence ? Il y a une dizaine d'années, l'Iran n'était pas sous le coup de sanctions aussi sévères et l'économie du pays avait besoin d'une ouverture internationale.

T. M. : Cette mise à jour demandait beaucoup de frais et d'investissements. Hormis quelques banques privées qui, grâce à la conscience de leurs gestionnaires, ont compris la nécessité de telles réformes de leur système, les autres banques iraniennes considéraient ces dépenses comme inutiles.
Le système financier, le registre de comptabilité, les normes concernant le règlement interne, le département de compliance, la gestion des risques dans les activités bancaires ; ils ne voyaient pas qu’ils avaient besoin de mettre à jour tout cela. Il semble donc que les économies que ces banques  ont faites à court terme en choisissant de ne pas investir ont donné lieu à d’importantes complications à long terme. Nos systèmes financiers ne sont plus comparables avec ceux des établissements étrangers ; il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi nos relations bancaires n'ont pas pu évoluer. De plus, non seulement la Banque Centrale était au courant de la situation actuelle mais les directeurs des banques eux-mêmes en étaient aussi tout à fait conscients. Des mesures appropriées ont été mises à l'ordre du jour et j'espère que nous verrons rapidement les résultats de ces changements.

Quel est l’autre événement qui a handicapé le système bancaire iranien ?

T. M. : Le second facteur aggravant est à imputer aux actions du précédent gouvernent. Sous la présidence de M. Ahmadinejad, le système bancaire iranien a été confronté à de multiples problèmes du point de vue des revenus et des dépenses, d'une part en imposant des facilités bancaires et en détruisant le système interne de gestion et d'autre part en utilisant les ressources bancaires pour répondre aux besoins du gouvernement. L’État iranien avait décrété que les décisions liées aux ressources bancaires qui lui revenait exclusivement. Le résultat de cette politique s'est fait ressentir à la fois à l'intérieur du pays et dans les relations de l’Iran avec les institutions financières internationales. Cette mauvaise gestion des banques est responsable de l’impasse à laquelle est actuellement confronté le système bancaire iranien. On peut ainsi constater qu’il est impossible de défendre le bilan de nombreuses banques.
 
En outre, l’État n'a entrepris aucune des démarches nécessaires pour payer ses dettes envers les banques. De là résultent les difficultés des établissements avec leurs clients, leur incapacité d’assurer un crédit pour les unités de production et le grand nombre de crédits différés. Dans la situation actuelle, les garanties de crédit de la part des institutions financières étrangères sont aussi extrêmement limitées. En effet, il ne faut pas oublier que lorsque deux entreprises, deux établissements financiers ou deux banques veulent travailler ensemble, il est naturel que dans une première étape ils étudient leurs bilans respectifs et jugent ainsi du potentiel de leur coopération.

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