L'Iran vu de la France : avec Trump, chambardement dans la relation irano-américaine
05 February, 2017
Revue de presse du 28 janvier au 3 février

 On aimerait bien être dans la tête de Barack Obama en ce moment. Pour savoir comment l’ancien président américain vit l’évolution radicale de la relation entre l’Iran et les États-Unis, depuis la prise de fonction de son successeur, il y a seulement deux semaines. Acteur de la détente entre les deux pays, Obama voit aujourd’hui Donald Trump s’employer à détricoter méthodiquement ses huit années de travail, et notamment cette relation clé. La presse française n’a pas manqué de faire écho à l’escalade entre les deux nations.

Point départ de la dégradation : le décret anti-immigration, évidemment. Les ressortissants de sept pays sont désormais interdits de sol américain. Parmi eux, l’Iran, dont la population représente le plus gros contingent de visas délivrés par les États-Unis, et de loin. Depuis une dizaine de jours, les médias multiplient les récits des premières victimes de cette politique. L’AFP, reprise par Le Parisien, raconte l’histoire de cet Iranien, qui vit aux USA et attend désormais l’arrivée de sa femme, avec qui il aimerait fêter le mariage puis s’installer sur place. On est bien loin des profils de « terroristes » contre lequel le décret est censé lutter.

Le Monde s’est rendu à Los Angeles pour un reportage au coeur de la Petite Perse, un quartier iranien de la ville. Là-bas, c’est « l’incrédulité » qui domine. La journaliste cite par exemple un retraité on ne peut plus lucide :

« La liste comporte six pays dont le poids diplomatique est quasi inexistant. L’Iran, c’est autre chose. On est dans le symbolique. Trump marque une rupture avec l’ère Obama, comme il l’a d’ailleurs fait depuis sa prise de fonctions. »

 

Le blog spécialisé du même journal signe un autre papier de réactions à ce décret qui « suscite confusion et rage parmi les Iraniens ». Libération est quant à lui allé à la rencontre de la diaspora iranienne basée en France, « coupée en deux par le décret Trump ». Il est question de franco-iraniens. Parmi les témoignages marquants, celui de Bahar, qui se dit prête à se rendre à la frontière mexicaine… pour rencontrer sa grand-mère.

Le décret a également des conséquences sur le plan culturel. Pour protester, le réalisateur Asghar Farhadi, comme son actrice vedette Taraneh Alidousti, ne se rendra pas à la prochaine cérémonie des Oscars. Dans le même ordre d’idée, Euronews se demande si « la star iranienne de la chanson Googoosh rentrera aux USA ». Interrogée, elle fait part de ses craintes avec « le sentiment d’être chassée de mon deuxième pays ».

 

Les deux camps se répondent coup pour coup 

Face à ce virage politique, la réponse de Téhéran ne s’est pas faite attendre. Europe 1 nous apprend que la réciprocité de la mesure sera appliquée. Une réciprocité dans le blocage illustré par exemple par cette « équipe de lutte américaine interdite de compétition en Iran » (L’Équipe). On aurait pu en rester là. Mais non. Quelques jours plus tard, Téhéran confirmait avoir effectué un tir de missile balistique (Le Point). « Inacceptable », tonne Washington qui réclame une réunion d’urgence à l’ONU. RFI n’y voit là qu’une « étonnante réaction mesurée de l’administration Trump » car son ambassadrice onusienne « n’a jamais évoqué clairement le terme de « violation » ». « Faut-il y voir une tentative de calmer le jeu alors que les tensions sont vives ? », s’interroge la journaliste. Pour Le Monde, ce tir n’est autre qu’un moyen de tester « la détermination de Washington ». « La fermeté sur la forme, l’ambiguïté sur le fond », écrit le quotidien du soir.

« L’administration de Donald Trump utilisera certainement le dossier balistique pour mettre en difficulté l’Iran », pense de son côté François Nicoullaud, cité par RFI. L’ancien ambassadeur de France à Téhéran avait vu juste. La tension a d’abord « encore mont[é] d’un cran » (AFP via Le Point) après que les États-Unis mettent officiellement l’Iran « en garde ». L’administration décide alors d’imposer de nouvelles sanctions, en lien avec le programme balistique iranien, visant 25 personnes et entités soupçonnées d'avoir apporté un soutien logistique à ces missiles. « Les tensions reviennent au galop », formule Les Échos. « Donald Trump durcit le ton », titre encore Le Monde qui remarque que « la rapidité avec laquelle les sanctions ont été annoncées donne à penser qu’elles étaient prêtes depuis longtemps ». En réponse à ces sanctions ? De nouvelles manoeuvres militaires… Voilà ce qui s’apparente, selon RFI, à une « stratégie de la tension de Téhéran », en citant Azadeh Kian, spécialiste de la question iranienne.

On se demande maintenant jusqu’où ira cette escalade. 

À lire, voir, écouter ailleurs

Au milieu de cette tempête, Jean-Marc Ayrault était en visite en Iran. RFI en profite pour faire le point sur les enjeux de la venue, à vocation économique, du ministre français des affaires étrangères. « Les entreprises françaises pourraient profiter de durcissement de la politique américaine contre l’Iran », dit la radio. Sur place, le ministre, tout en appelant à annuler le décret américain, a d’ailleurs annoncé son souhait de doubler le nombre de visas accordés aux Iraniens (Le Parisien).

L’Express, avec AFP, revient quant à lui sur la mobilisation exceptionnelle pour les obsèques de 16 pompiers décédés dans l’effondrement du Plasco building, une dizaine de jours plus tôt. Le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, a d’ailleurs été très critiqué à l’issue de ce drame. Ce dernier voit « rêves présidentiels s’éloigner », juge Le Monde, selon qui cet incendie, en plus d’une « série de revers », a « retourné une part important de l’opinion » contre lui.

Plus de légèreté avec Ouest-France qui s’est rendu à Téhéran pour un reportage dans la première boulangerie française de la ville, dont les fondateurs attendent désormais de recevoir leur café. En parlant de café, celui d’Iran « pâtit des sanctions américaines… sur le nucléaire », écrivent les Observateurs de France 24 : « Depuis sa fusion récente avec son équivalent américain, "l’Association européenne des cafés gourmets" refuse désormais d’intervenir en Iran, par respect des sanctions américaines… sur le programme nucléaire. »

On termine avec L’Équipe qui nous offre le superbe « récit d'un « périple skate » de plus de 3000 kilomètres ». Un journaliste et un photographe sont allés sur place et signent un reportage atypique avec « quelques 2 000 héritiers de l'empire Perse [qui] sont de véritables passionnés de skateboard ». L’écriture est décomplexée, les images sont superbes. En revanche, on se demande qui leur a dit que l’Iran est à « ultra majorité est sunnite »…

Bonne semaine à tous !

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