L'Iran vu de la France : la bataille des mots se poursuit
11 February, 2017
Tout ce que les médias français ont dit sur l’Iran en cette semaine du 4 au 10 février, notre revue de presse.
Samuel Hauraix |

 Alors que la Cour d’appel de San Francisco vient de confirmer le gel du décret anti-immigration américain, les relations entre l’Iran et les États-Unis restent glaciales. D’un côté comme de l’autre, on continuer de s’invectiver. Les phrases choc sont mises en avant. Europe 1, avec AFP, ouvre par exemple avec les mots de James Mattis, le secrétaire américain à la Défense, selon qui l’Iran est « le plus grand État soutenant le terrorisme ». La réponse iranienne ne tarde pas à se faire connaître puisque le Guide suprême en personne a tenu à remercier, avec une pointe d’ironie bien sûr, « ce monsieur (Donald Trump) parce qu'il nous a facilité la tâche en montrant le vrai visage des Etats-Unis » (Europe 1 encore). Dans la foulée, le président Rohani se montre un peu plus virulent affirmant que l’Iran « fera regretter le langage de la menace » (BFM TV).

« L’Iran a l’habitude des menaces », tempère de son côté Ali Akbar Velayati, le conseiller du Guide, avec qui la correspondante du Monde a réussi à avoir un entretien, rare. Selon lui, « M. Trump agit comme les autres présidents américains […]. La seule différence entre M. Trump et ses prédécesseurs est qu’ils agissaient en coulisses tandis que lui, il dit tout ce qu’il pense et tout ce que pensent les Américains. » Puis il ajoute : « M. Trump n’a cependant pas pu empêcher les pays européens d’approfondir leurs relations avec l’Iran, notamment la France. » Le message semble clair : tourner le dos aux États-Unis pour mieux s’ouvrir à l’Europe. Ces tensions bilatérales font dire au Monde, dans sa revue de presse, qu’il s’agit là d’une « escalade pernicieuse », et même d’« un duel d’hubris, un affrontement pour l’heure rhétorique, mais dont certains s’inquiètent qu’il ne puisse glisser à terme sur le terrain militaire ». Résultat, à Téhéran même, « l’ombre d’une confrontation militaire, qui avait pesé durant dix ans de crise nucléaire sur l’Iran, […] est de retour dans les discussions en Iran », constate dans son reportage cette même correspondante du quotidien soir.

Jusqu’où ira l’escalade ?

Les festivités autour du 38ème anniversaire de la Révolution, dont l’AFP publiée par L’Express nous fait l’écho, étaient donc résolument tournées contre l’administration Trump. Le Figaro, qui reprend Reuters, parle même de « manifestations de masse contre Trump ». Dans le même temps, La Tribune s’interroge : « Jusqu’où ira l’escalade ? » Le site diffuse des extraits issus de l'émission « 28 minutes », diffusée sur Arte. Le géopolitologue Frédéric Encel estime par exemple que le récent tir de missile balistique était d’abord une réponse à l’élection de Trump, et non pas au décret, mais se montre « absolument convaincu » qu’il en aurait été de même en cas d’accession au pouvoir d’Hillary Clinton. « Je pense que les Iraniens se sentent vraiment insultés », poursuit le chercheur à l'IRIS spécialiste de l'Iran Thierry Coville à propos de ce fameux décret.

Aujourd’hui empêtré dans un imbroglio judiciaire, ce décret a tout de même eu le temps d’engendrer de nouvelles histoires rocambolesques. Comme celle, racontée par L’Express, de ce bébé iranien finalement soigné aux États-Unis grâce à la suspension du « Muslin ban ». On en retient par exemple cette citation éloquente, voire hallucinante, d’une élue démocrate de l’Oregon : « Maintenir un bébé de 4 mois hors de nos frontières ne nous apporte pas plus de sécurité. »

De son côté, La Croix raconte les péripéties de cette Iranienne expulsée, qui a pu elle aussi regagner le territoire américain. Comme la semaine dernière, d’autres médias se sont empressés d’envoyer leurs journalistes à Los Angeles, à la rencontre de l’immense communauté iranienne de la ville. C’est le cas du Figaro, qui fait état d’une diaspora « durement secouée et paniquée », ainsi que de Quotidien, l’émission diffusée sur TMC. Europe 1, quant à elle, a donné la parole à… Reza Pahlavi, l'héritier de l’ancien Shah d'Iran, immigré aux États-Unis, qui « s’émeut » lui aussi de la politique Trump.

Autre conséquence directe de la dégradation de cette relation : le business. « L'avenir de Total en Iran est suspendu aux décisions de Trump », titre France24 avec Reuters. Le PDG de Total ne se montre « ni optimiste, ni pessimiste » quant à la suite des événements. Enfin le journal suisse Le Temps se demande si ces tensions vont entraîner un « rôle accru pour la Suisse ».

« La diplomatie suisse a du pain sur la planche, estime le quotidien car, rarement le rôle de la Suisse, qui consiste à représenter les intérêts américains en Iran (depuis 1980 et la rupture des relations diplomatiques), n’aura semblé aussi bienvenu, du moins de la part du gouvernement iranien. »

À lire, voir, écouter ailleurs

France 24 raconte l’histoire de ces deux joueuses de volley-ball iraniennes, et donc voilées, qui « créent l'émoi en Bulgarie où leur venue a suscité des critiques, notamment en raison de leur tenue ». On apprend par exemple que « sur les réseaux sociaux bulgares, et notamment la page Facebook du parti islamophobe Pegida Bulgarie, certains commentaires insultants critiquent l’intégration de jeunes femmes voilées dans l’équipe »…

France 24 encore, et ses Observateurs, se demande « pourquoi les cambrioleurs iraniens aiment-ils les Peugeot ? » Et montre, vidéos déconcertantes à l’appui, comment procèdent ces derniers. L’explication ? « Les arceaux de métal qui renforcent les portes sont moins solides », rétorque un journaliste iranien spécialisé cité.

De quoi décourager les touristes les touristes d’affluer dans le pays ? Pas certain, car comme le dit à nouveau France 24, le pays connait un « boom du tourisme » : plus de 5 millions de visiteurs en 2015.

Le pays attire aussi des étudiants. Comme Maguelone, une étudiante à Science po Lyon actuellement en année d’échange à Téhéran, et que l’Étudiant a rencontré pour un portrait.

Bon week-end à tous !

Samuel Hauraix
Journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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