L'Iran vu de la France : les Iraniennes font parler d’elles
26 February, 2017
Tout ce que les médias français ont dit sur l’Iran en cette semaine du 12 au 24 février, dans la revue de presse de Lettres Persanes.
Samuel Hauraix | Photo: ANA.ir

« Les Iraniennes sont victimes d’une série de clichés de la part de l’Occident quant à leur condition, plus complexe que l’image qu’on peut avoir d’elles de loin. » C’est en ces termes que Mariam Pirzadeh, correspondante de France 24 à Téhéran, évoque les femmes iraniennes à qui elle consacre plusieurs chapitres dans son récent ouvrage « Quand l’Iran s’éveille ».

Ces deux dernières semaines, ces femmes ont occupé l’espace médiatique français, à différents degrés. La journaliste de France 24 nous emmène d’abord, en vidéo, au milieu de joueuses d’échecs et de hockeyeuses. « Le sport comme tremplin d’émancipation », dit le reportage en titre. Les images tendent à montrer que « s'illustrer dans le domaine sportif serait l'une des solutions trouvées par les Iraniennes pour se faire une place dans la société, tout en respectant les codes dans lesquels elles ont toutes grandi. »

Par « code », il faut bien sûr entendre « voile ». Une joueuse d’échecs a justement décidé de s’en passer au point d’être « virée », comme le dit crûment L’Express, de l’équipe nationale. « Dorsa Derakhshani, jeune joueuse d'échecs prometteuse, écrit Le Parisien, a vu ses espoirs d'intégrer un jour l'équipe nationale d'iran anéantis (sic). Le motif : n'avoir pas porté le voile lors d'un tournoi en Espagne. » Cette histoire a beaucoup été reprise en ligne. Tout comme celle de ces ministres femmes en visite en Iran, il y a une dizaine de jours. « Le « premier gouvernement féministe du monde » défile voilé en Iran », titre Le Figaro assurant qu’elles ont « suscité l’indignation » en se montrant ainsi devant le président Rohani. Dans cette affaire qui a fait le buzz, tout est question de « l'hypocrisie entre un gouvernement suédois qui s'autoproclame « premier gouvernement féministe du monde » et cet affichage symbolique ». On apprend dans ce même papier qu’Ann Linde, la ministre du Commerce mise en cause, se rendrait prochainement en Arabie saoudite… « où elle ne porterait pas le voile car il n'est pas obligatoire pour les étrangères ».

Autre histoire, enjeu similaire. France 24 à nouveau reprend le récit de ces « huit jeunes Iraniennes  arrêtées après avoir tenté d'entrer dans un stade de football à Téhéran grimée en hommes ». Un scénario qui, comme le rappelle l’article, semble tout droit sorti du film de Jafar Panahi « Hors jeu ».

Nous refermons cette page féminine avec ce long format de RFI qui veut répondre aux questions suivantes : « Quels sont aujourd’hui les droits et les revendications des femmes iraniennes ? A quels interdits sont-elles confrontées ? Quelles sont les évolutions en cours ? » Le journaliste démarre son grand reportage avec la chanteuse Pari Maleki qui évoque avec lui tout ce que la loi islamique lui permet de faire, ou non, en tant qu’artiste.

Israël s’invite dans la relation irano-américaine

L’actualité iranienne vue de la France a encore et toujours été marquée par les relations avec les États-Unis. Si le ton est clairement descendu d’un cran ces derniers jours, la tension entre les deux pays est toujours prégnante. En amont de la rencontre entre le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou et le président américain Donald Trump, l’Obs nous expliquait en quoi l’Iran serait « le dossier posé en haut de la pile ». Il l’a bien été. Si les deux alliés partagent une même « animosité » envers Téhéran, « l’accord international sur le nucléaire iranien ne semble pas menacé à court terme », écrit Les Échos. Pas de quoi arrêter « guerre des mots et postures martiales » pour autant. Trump, cité ici par l’AFP, a promis de ne « jamais, vraiment jamais, laisser l'Iran obtenir l'arme nucléaire ». Dans cette optique, FranceInfo nous apprend que le milliardaire entend « mettre sur pied une coalition militaire arabe pour contenir l’ennemi commun ». « Une «Otan arabe» pour contrer l’Iran, menace sérieuse ou manœuvre d’intimidation ? », s’interroge le média.

Encore une fois, la réponse iranienne n’a pas tardé. L’Opinion reprend les propos du commandant du corps des Gardiens de la Révolution selon qui « les États-Unis devaient se préparer à recevoir une « gifle » s’ils continuent de sous-estimer les capacités de défense » de Téhéran. Une chose est certaine, le pays ne semble pas craindre d’éventuelles nouvelles sanctions. Comme le rappelait Ali Ahani, l’ambassadeur d’Iran en France, dans un long entretien à TV5Monde, « nous n'avons pas de souci, nous savons faire face aux sanctions. Nous pensons que l’Union européenne ne doit pas céder face aux pressions américaines ».

Pas certain que la « double offensive verbale de Khamenei et du Hezbollah contre Israël », comme titre FranceInfo, n’arrange les choses. « Le guide suprême Ali Khamenei a décoché sa relance favorite, écrit le média. Il a à nouveau qualifié l’Etat hébreu de ‘tumeur cancéreuse’ et appelé à la libération totale de la Palestine. Il dégainé une formule, utilisée systématiquement jadis par l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, dont il est sûr qu’elle a le don d’exaspérer les dirigeants israéliens. » Des propos en réponse directe à la visite évoquée plus haut.

Dans le même temps, RFI fait état d’une autre « guerre des mots » entre l’Iran et la Turquie cette fois, « sur fond de guerre en Syrie ». Malgré une « nouvelle troïka » émergente Russie-Turquie-Iran, « les rivalités et la méfiance persistent, sur fond de tensions régionales entre chiites et sunnites ». Pour tenter, justement, d’apaiser ces tensions religieuses, le président Rohani a récemment effectué une mini-tournée dans le Golfe (Koweït et Oman), en vue de lever les « malentendus ». Euronews y va vu une « offensive diplomatique iranienne ». 

Hassan Rohani dans la tempête

Dans un tout autre registre, le constructeur automobile français PSA entend lui aussi passer à l’offensive. « La production iranienne de la Peugeot 2008 démarre actuellement. Elle marque le grand retour de Peugeot en Iran, note Challenges. Ce sera le premier véhicule vraiment moderne de la production automobile iranienne, qui tranchera avec les vieilles Peugeot 206 et 405 fabriquées sur place depuis longtemps... sans licence. » Ce retour s’est fait à l’issue de négociations qualifiées de « très dures, notamment face aux conservateurs du régime iranien qui voulaient faire payer à PSA son retrait en 2012 ». Une autre entreprise, Sigfox, spécialisée dans les nouvelles technologies entend s’implanter dans le pays, rapporte France 3 Occitanie.

Sera-ce suffisant pour répondre aux critiques du Guide envers le président et sa gestion économique ? Des critiques qui, à lire le spécialiste Ardavan Amir-Aslani, interviewé chez Atlantico, sont « une nouveauté ». « La fin de la lune de miel ? », se demande alors le pure player. L’avocat pense que les relations entre les deux hommes « sont bonnes », et qu’il « serait exagéré de considérer que le Guide cherche à pousser un candidat conservateur [pour la présidentielle de mai prochain] qui d’ailleurs ne s’est pas encore manifesté ». Ce même Rohani tente aujourd’hui « d’éteindre les critiques après une tempête de poussière à Ahvaz », raconte Le Monde sur son blog spécialisé. Cette « épisode du Khouzistan » pourrait avoir des incidences politiques pour le président : il « affaiblit ses chances, du moins auprès les habitants de cette région défavorisée. Ces dernières années, des critiques n’ont jamais cessé contre les gouvernements iraniens, indépendamment de leur couleur politique, qui, selon les habitants, ‘ne s’occupaient pas assez de la province’ ».

Rohani garde malgré tout un atout de premier plan dans sa poche : Telegram. L’Orient Le Jour nous explique en quoi l’application hyper populaire en Iran s’est imposé comme le « média politique » du président, qui aura son importance en termes de communication pour le prochain scrutin.

 

À lire, voir, écouter ailleurs

On ne saurait que vivement vous recommander la lecture de ce papier assez exceptionnel de Libération, intitulé « Avec Khomeiny, un avocat français dans les coulisses de la révolution ». Le quotidien est allé à la rencontre de Christian Bourguet dont l’histoire a rencontré la grande Histoire. Observateur des droits de l’homme en Iran au début des années 1970, il va s’engager activement contre le shah. Jusqu’à jouer un rôle clé auprès de l’ayatollah Khomeiny alors en exil. L’arrivée à Neauphle-le-Château, le voyage en avion Air France pour le retour du futur Guide au pays, la prise d’otages à l’ambassade américaine… Le papier ne manque pas de détails de l’époque, peut-être méconnus.

Autre sujet rarement abordé par la presse française : les galeries d’art de Téhéran. Ouest-France nous emmène au coeur de ces lieux devenus « des lieux de rencontre ». Pour y rendre, lisez Le Figaro qui vous mâche carrément le travail. Un premier papier sur l’itinéraire conseillé pour un premier voyage en Iran (avec les « grandes étapes Téhéran, Shiraz, Yazd, Ispahan »), puis un second sur « ce qu’il faut savoir » avant de s’y rendre. Car comme le dit le quotidien, « le voyage dans ce pays méconnu, longtemps coupé du monde, riche d'une culture millénaire et d'un raffinement inimitable, est une expérience inoubliable. A condition de bien s'y préparer. » On termine par un tout dernier article publié chez Studyrama, site spécialisé dans l’orientation, dans lequel quatre étudiants français racontent leur vie à l’iranienne.

Samuel Hauraix
Journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
© 2016 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.