L'Iran vu de la France : Norouz se fête avec son lot de questions
28 March, 2017
Notre revue de presse avec tout ce que les médias français ont dit sur l’Iran ces deux dernières semaines, du 13 au 26 mars.
Samuel Hauraix | Photo: Mausolée de Hafez à Shiraz | Reza Ghaderi | IRNA

« Nowrouz mobarak ! » Voilà ce que plusieurs centaines de millions de personnes se sont souhaité ce lundi 20 mars. La presse française n’est pas passée à côté de l’événement qu’est le nouvel an persan. « Norouz, fête de la renaissance », écrit par exemple Euronews qui propose de « tout savoir » sur la question.

Outre l’évocation des fameux « haft-sîn » (les sept objets exposés sur une table dont les noms persans démarrent par la lettre ’s’), le papier assez concis rappelle qu’il est issu «  des traditions profanes pré-islamiques » et fait donc « parfois l’objet de l’interdiction dans certains pays ». Ce qui n’empêche pas « près de 300 millions d’hommes et de femmes », chiffre La Croix, de fêter « une tradition vieille de 3 750 ans inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité ».

Cette fête est aussi une rencontre culinaire. Soit « un mélange de toutes les cultures orientales », décrit le chef d’un restaurant iranien de Paris, interrogé par La Parisienne sur la cuisine locale.

 

RFI a aussi profité de l’occasion pour réaliser plusieurs interviews autour du sujet. Une première avec le président de l’association de la Journée internationale de Norouz, Massoud Mirshahi. Ce dernier, questionné sur le poids politico-religieux de l’événement, semble regretter que « la France, pour l’instant, n’a[it] rien fait, rien ! » pour reconnaître la fête. Norouz est pour autant bien présent dans le musée du Louvre.

C’est ce qui ressort de l’autre interview de RFI avec Yannick Lintz, directrice du département des Arts de l’islam du musée, qui passe en revue plusieurs oeuvres faisant référence à la fête. Notamment un vase évoquant Haji Firouz, le fameux personnage habillé de rouge qui vient annoncer le printemps.

Europe 1 choisit encore un autre angle sous-jacent en revenant sur le 21 mars 1935, le jour où le Perse est devenue l’Iran.

Si Norouz est une fête, il est aussi un discours très attendu. Celui de l’ayatollah Khamenei, qui a lieu à chaque nouvelle année.

Si le guide suprême iranien a exhorté le gouvernement de son pays à stimuler la production nationale et à créer des emplois, note Euronews, il a aussi accusé l’Occident de nuire à l‘économie iranienne et de diviser son peuple. 

En trame de fond, le média estime son allocution de cette année « accentue encore un peu plus les pressions sur le président Rouhani déjà vivement critiqué pour sa politique d’ouverture économique ». Là où « les partisans du Guide emploient l’expression « économie de résistance » », note Ouest-France.

Un président qui, comme le rappelle RFI, « ne s’est pas encore déclaré officiellement candidat » à la prochaine présidentielle mais contre qui les « critiques s’intensifient ». Une chose est certaine pour France24, ses résultats économiques seront un « enjeu majeur » du scrutin. Le média, pour qui Rohani « a été sermonné » par le Guide, assure que malgré les critiques, « la situation économique s'est améliorée depuis la levée des sanctions internationales » (inflation en baisse, croissance en hausse…).

Les conservateurs ne sont pas les seuls à critiquer le président actuel. Dans son reportage dans les rues de Téhéran, Le Monde observe que « nombreux sont les Iraniens à se plaindre de la dégradation de leur niveau de vie ». Résultat, « l’Iran entame sa nouvelle année dans la morosité ».

 

Israël, Arabie saoudite et Afghanistan en question 

Sur le volet extérieur, FranceInfo constate qu’ « entre Israël et l’Iran, la ligne de front se réchauffe par Syrie interposée ». Il est question d’un récent raid synonyme d’ « accrochage sérieux en pleine montée des tensions ». Israël fait également office de prétexte pour sanctionner les États-Unis. « L’Iran a décidé de sanctionner quinze sociétés américaines pour leur soutien à Israël », rapporte Le Monde avec l’AFP. Avant de relativiser sur cette décision « largement symbolique » car les sociétés en question ne font pas d’affaires avec Téhéran. Dans le même temps, un « apaisement » semble se profiler avec le voisin saoudien.

Le Monde encore nous apprend que les pèlerins iraniens sont de nouveau autorisés à se rendre à La Mecque, après une année sans hadj en 2016. Le quotidien du soir y voit un « rare signe de détente » entre les deux puissances rivales de la région, mais « détente relative ».

Depuis l’est du pays, l’Iran continue de recevoir des réfugiés de son voisin afghan. Plus d’un million ont été accueillis légalement depuis près de 40 ans, ce qui en fait « l'un des pays les plus généreux dans l’accueil » de personnes obligées de quitter leur pays, rapporte l’AFP reprise par Le Parisien. « On n’en parle pas assez », juge un représentant du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) à propos d’un pays qui, ironie de l’histoire, est ciblé par Donald Trump et son fameux décret.

Immersion parfois clandestine à l’intérieur du pays

Cette semaine, de nombreuses infos sont également sorties de l’intérieur du pays. Avec d’abord plusieurs papiers signés des Observateurs de France 24. Le premier revient très succinctement sur ce terrible « un raz-de-marée [qui] a ravagé tout sur son passage dans le sud de l’Iran », vidéo impressionnante à l’appui.

Les vidéos sont au coeur d’un autre papier autour d’un « phénomène de fond : en Iran, les espaces verts urbains disparaissent, faute d’une législation respectée et par manque de volonté politique ». Avec un chiffre avancé qui semble hallucinant :

Selon le ministère des Routes et du Développement urbain, 4 000 jardins de Téhéran ont été détruits au cours des dix dernières années. 

D’autres images sont également sorties du pays, clandestinement cette fois. Une journaliste s’est rendue sur place, sans visa presse, pour signer un document vidéo rare et édifiant, de 24 minutes, pour Arte. Un véritable « cache-cache avec les Mollahs », comme elle l’a intitulé, où elle va à la rencontre de la jeunesse de Téhéran et de leur « propre espace de liberté ». Un « contournement des interdits » que la journaliste développe également pour France Inter.

Le Point se penche également sur un autre interdit de cette jeunesse : le concubinage, dit « mariage blanc ». Dans sa dernière édition papier, ou en version payante ici, l’envoyé spécial livre un long reportage éclairant sur ce phénomène en vogue alors que le « mariage ne fait plus recette ». De plus en plus de jeunes Iraniens, des « amoureux clandestins » vivent ainsi « alors que la loi les expose à de sévères sanctions […] S’ils restent minoritaires, ces mariages se multiplient dans les grandes villes, au nez et à la barbe des autorités. »

En parallèle, l’hebdomadaire note que le divorce progresse dans la société iranienne. Des séparations qui peuvent coûter chères et même mener des « hommes en prison », raconte l’AFP publiée par Le Parisien, la faute à « un système appelé Mehrieh (Affection), dérivé d'une pratique islamique ancienne de dot ».

 

À lire, écouter et voir aussi

Nous vous en parlions lors de notre dernière revue de presse. France 24 revient sur cette fameuse, et « riche », collection d'art contemporain, celle des pièces acquises par la dernière impératrice, Farah Diba. « L’un de secrets les mieux gardés d’Iran » exposé à Téhéran, un fait rare.

Un mot de sport pour terminer avec ce « pas décisif », dit L’Équipe, pour la sélection iranienne de football en vue de la prochaine coupe du monde.

 

Samuel Hauraix
Rédacteur en chef adjoint de Lettres Persanes, journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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