Le théâtre privé en Iran, un moyen de garder son indépendance artistique
30 May, 2017
Depuis la fin des vacances de printemps en Iran, les salles de théâtre ont repris leur activité et la plupart des nouveaux spectacles ont fait leur entrée en scène. Plusieurs théâtres proposent deux, voir trois spectacles en même temps.
SMT | Ali Na'imi | Photo: Iran Théâtre

L'année 2016 fut très productive pour le théâtre privé iranien : les créations de la plupart des grands metteurs feront date dans l’histoire du théâtre iranien. Certains artistes ont même présenté plusieurs spectacles cette saison. Les salles de spectacle affichaient souvent complet et pour beaucoup de spectacles programmés, le succès a été au rendez-vous, entrainant ainsi plusieurs prolongations et reprises. Quelques théâtres ont même essayé d'attirer plus de monde en modernisant leurs équipements et leur dispositif technique.

« Conformément à ce qu'avait promis le ministre de la Culture, déclare son adjoint, nous allons développer les infrastructures théâtrales et j’espère que l’année 2017 sera tout à fait profitable au théâtre iranien. »

« L'activité théâtrale privée a aussi été très productive l’année dernière et certains théâtres ont même déjà rempli leur agenda un an à l'avance. »

Peyman Shariat, directeur du théâtre de la ville, pense même que « depuis 2017 vient de s’ouvrir l'une des périodes les plus denses - en terme de fréquentation et d'activité - du théâtre iranien. Que ce soit au théâtre de la ville ou dans d’autres salles, les représentations reprennent avant la fin des vacances de printemps (dernière semaine de mars) et heureusement, nos artistes le savent et font en sorte d'être présent pour le public. »

 Sama'i Zadeh , de Reza Baharvand, Théâtre de Baran, Photo : Reza Moattarian, 

En 2016, on a aussi remarqué l’influence grandissante des salles de théâtre privées qui attirent de plus en plus de monde et l’on peut espérer que l'année prochaine les spectateurs soient encore plus nombreux l’année prochaine. Cependant, le manque de salles de théâtres privés par rapport à la quantité de spectacles a entraîné une dégradation des conditions de représentation. Le théâtre privé est l'un des moyens pour les jeunes artistes de se faire connaître, même si il n'a pas pu se maintenir en raison revenus fluctuants. La solution pour que le théâtre iranien soit indépendant, c’est une privatisation afin de ne plus dépendre du budget de l’État.

Ghatbaldin Sadeghi, enseignant de théâtre et metteur en scène qui une cinquantaine de pièces à son actif, nous livre son analyse de l’expansion des salles privées : « un temps, le théâtre était de très bonne qualité mais aujourd'hui on essaye d'établir un théâtre privé. Pourquoi cela ? Parce que dans notre société, il s'est produit deux changements. Le premier est d'ordre économique : nous sommes dépendants de ce paramètre et l'économie de guerre (Iran-Irak, 1980-1988) est maintenant derrière nous.

Le second, c'est l'apparition et le développement de la bourgeoisie et des nouveaux riches. Aujourd'hui, ces gens sont devenus les principaux soutiens du théâtre. L’esprit critique et l’analyse de la teneur de spectacle leur sont inconnus et ils ne croient pas en l'esthétique ni en la valeur des mots. Ils veulent un théâtre de divertissement qui leur ressemble et ils ne cautionnent donc  uniquement que ce type de spectacles.

Roméo et Juliette -  de Hasti Hosseini,  Théâtre indépendant de l'Iran - Photo : Reza Moattarian

« L’Iran a aussi eu son propre baby-boom, ajoute M. Sadeghi, et aujourd'hui, les 17-29 ans représentent 5,18 millions de personnes. Ce sont eux les principaux spectateurs et amateurs d'art. Ils ont leurs propres définitions et conceptions esthétiques. » « La situation actuelle du théâtre iranien  a un côté négatif, un côté positif et un troisième aspect. Le point positif, c'est que cela diminue le rôle de l'État et son implication dans l'art. C'est aussi ce que veulent les jeunes d'aujourd'hui.» « Il est très clair que l'État n'a rien fait pour développer le théâtre et que personne ne s'en préoccupe vraiment. À l'époque où nous étions étudiants, il n'y avait que deux départements de théâtre.

Aujourd'hui, il y en a 18 en Iran. De plus, 3 000 autorisations de créations d'école d’art dramatique ont été données par le ministère de la Culture et de la Guidance islamique. Nous sommes face à un engouement considérable pour le théâtre, à une puissante force.  Si les gens dépensent du temps et de l’argent pour aller au théâtre, ce doit être pour un lieu où ils peuvent d'exprimer. Le théâtre iranien a de beaux jours devant lui, notamment grâce à la décision du ministère de la Culture de doubler le budget affecté au théâtre pour l'année 2017. La multiplication des représentations et l'augmentation impressionnante de la participation des jeunes dans le domaine théâtral permet à l’art dramatique de regarder son avenir professionnel d'un œil plus optimiste.

SMT
Quotidien économique iranien, proche de Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Mines
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