Revue de presse cinéma
À Cannes ou à Paris, Kiarostami est encore dans tous les esprits
19 June, 2017
La thématique du cinéma est l’une des plus appréciées par les médias français dès lors qu’il s’agit de parler d’Iran. Et dès lors qu'il s'agit de cinéma iranien, Abbas Kiarostami n'est pas bien loin.
Samuel Hauraix | Photo: Saman Aghvami - ISNA

À côté de la politique intérieure ou régionale, les questions d’ordre géopolitique ou économique, la thématique du cinéma est l’une des plus appréciées par les médias français dès lors qu’il s’agit de parler d’Iran

Et c’est d’autant plus vrai en ce moment que le festival du cinéma iranien à Paris prend le relais du festival de Cannes, là où les réalisateurs iraniens ont encore une fois fait parler d’eux. Avec en figure de proue cette année, Mohammad Rasoulof, vainqueur du prix « Un certain regard » pour son film « Un homme intègre ». Mais il n’est pas le seul à avoir eu les faveurs des intervieweurs français.

RTL Girls, la déclinaison féminine de la radio, est allée à la rencontre d’Anahita Razvinizadeh, une réalisatrice iranienne aux lunettes rouges pimpantes âgée seulement de 28 ans. Elle a présenté à Cannes en séance spéciale son film « They », du pronom « ils » en anglais. « LE film ovni de la 70ème édition du festival », annonce sans mesure RTL. Cette production américano-qatarie raconte l’histoire de « J. », un ou une adolescente qui se cherche entre le « il », « elle », « garçon », « fille » ou « rien ». Dans son interview, la réalisatrice avoue que « le film se présente comme un autoportrait » qui questionne les identités. « J'ai souvent été dans cet entre-deux, dit la cinéaste, deux pays (l'Iran et les Etats-Unis), deux maisons… » 

 

Anahita incarne une nouvelle génération de cinéastes iraniens, avec Sharam Mokri par exemple pour ne citer que lui. Des auteurs aux styles nouveaux qui n’oublient pas leurs pairs. Le fait d’avoir recours à de jeunes acteurs par exemple dans « They » n’est autre que l’héritage d’un certain Abbas Kiarostami, dont elle a été l’élève. 

Cannes a d’ailleurs rendu hommage au grand maître du cinéma iranien, décédé en juillet dernier, avec la diffusion de 24 Frames, un film posthume 100% conceptuel basé sur les court-métrages du réalisateur. Les Cahiers du cinéma en ont profité pour interviewer non pas Abbas, mais Ahmad Kiarostami qui n’est autre que le fils du cinéaste. Avec cette double-page, publiée dans l’édition papier de ce mois de juin, on mesure encore un peu mieux l’influence du réalisateur du Goût de la Cerise dans son pays d’origine. « Je pense que même ceux qui n’avaient pas vu ses films savaient que mon père était le seul à nous apporter le respect à l’époque où on ne disait que du mal de l’Iran, assure le fils. Ils lui étaient reconnaissants. Aussi, mon père ne se tenait pas à l’écart de la politique, mais au-dessus, tout le monde respectait cela. »

Voilà pour Cannes, place maintenant à Paris où la 5ème édition du festival du cinéma iranien se décline autour de l’amour à l’iranienne. Sur son site internet, Télérama s’interroge alors avec malice « Comment filmer l'amour en Iran, quand on ne peut pas filmer des scènes de lit ? » Et bien les cinéastes iraniens usent et abusent de la litote et du second degré dit l’article. Ou parfois non. Le patron du festival Nader Homayoun prend en exemple l’inévitable « Abbas Kiarostami qui lui évitait les histoires d’amour dans ses films : lui qui était tant attaché au réalisme refusait de montrer un couple qui n’ait pas l’air d’être un couple. » 

Bref vous l’aurez compris, Kiarostami est encore dans tous les esprits. D’où ce poème qu’il a signé et que son fils Ahmad a récité au Cahier du cinéma : Quand il est venu / Il est venu / Quand il était là / Il était là / Quand il est parti / Il était là. Tout est dit.

 

Samuel Hauraix
Rédacteur en chef adjoint de Lettres Persanes, journaliste à l’œil attentif sur l'Iran, et sa représentation dans les médias français
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