L'Iran vu de la France : Téhéran et Riyad au cœur de la démission de Saad Hariri
06 November, 2017
Visite de Vladimir Poutine à Téhéran, manifestation anti-américaine, démission du Premier ministre libanais… Notre revue de presse avec ce que les médias français ont dit sur l’Iran cette semaine du 30 octobre au 4 novembre 2017.
Samuel Hauraix | Photo: IRNA

Sans surprise, la visite de Vladimir Poutine à Téhéran, en milieu de semaine, a été très commentée dans la presse française. Cette visite, au cœur d’un sommet tripartite avec l’Azerbaïdjan, « marque indéniablement un renforcement des relations entre l'Iran et la Russie, visés par des sanctions américaines », juge par exemple RFI. Une alliance qualifiée avant tout de « pragmatique », par Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, interviewé sur France24 : « Les deux pays ont des intérêts communs sur la Syrie, l’opposition aux États-Unis, ainsi que des intérêts économiques. » Un enjeu économique qui avait d’ailleurs été mis en avant dans la presse iranienne. Mais la Syrie était bien sûr le grand sujet d’actualité pour Téhéran et Moscou. À ce niveau, l’AFP reprise L’Express, parle d’une « convergence ». Le Monde, dans son analyse, estime que « la Russie veut verrouiller le processus de paix en Syrie ». « Déjà militairement maître du jeu en Syrie avec son allié iranien, Moscou veut maintenant transformer l’essai avec la relance d’un processus de négociations à sa main », ainsi « le régime (de Bachar Al-Assad) se sent plus que ­jamais en position de force, avec le soutien de ses deux parrains ».

Les diplomates russes et iraniens n’ont pas été les seuls à s’afficher contre la politique américaine cette semaine. Des milliers d’Iraniens ont battu le pavé pour célébrer, comme chaque année, l’anniversaire du début de l’occupation de l’ambassade américaine en novembre 1979. Une hostilité affichée avec les slogans classiques « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » ainsi qu’avec drapeaux américains brûlés, rapporte l’AFP, publiée par la plupart des quotidiens, dont Libération. Ces images illustrent dans un sens l’analyse de Clément Therme, auteur, pour le site The Conversation, d'un long papier sur Donald Trump, qualifié de « meilleur artisan de la montée du nationalisme iranien ». Le chercheur spécialisé sur l’Iran estime qu’en livrant à la mi-octobre un discours perçu en Iran comme anachronique, décontextualisé, en le réduisant au statut de « régime voyou » de la République islamique, Trump a renforcé les sentiments nationalistes des Iraniens. Un sentiment nationaliste « ambigüe » nuance de son côté la professeur de sociologie Azadeh Kian, dans un papier signé pour l’Orient XXI. Selon elle, si Trump avec sa rhétorique très hostile a bien réveillé ces sentiments, « la population exprime aussi son mécontentement à l’égard du pouvoir iranien qui a délaissé l’identitaire au profit de l’idéologie religieuse. Ce mécontentement, poursuit la chercheuse, est exacerbé par la prospérité économique des pays arabes voisins qui invalide dans les faits le sentiment de supériorité des Iraniens, en particulier des Perses, vis-à-vis des Arabes. » De son côté, l’Express estime que Trump est « dans le piège nucléaire iranien » car « le naufrage de l'accord de Vienne serait plus préjudiciable au rayonnement des États-Unis qu'aux ambitions de l’Iran ».

L’autre grosse information de la semaine est bien sûr la démission du Premier ministre libanais, Saad Hariri. Un « coup de tonnerre politique » formule Orient XXI, qui voit là « un nouvel épisode de l’affrontement qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite dans la région ». En visite en Arabie saoudite justement, le dirigeant sunnite a annoncé sa démission à la surprise générale, en accusant avec virulence le mouvement armé chiite Hezbollah et son allié iranien de « mainmise » sur le pays. Des accusations jugées sans fondement par Téhéran (RFI). «  Le Liban est rattrapé par la confrontation entre l’Iran et l’Arabie saoudite », titre ainsi La Croix. Pour les Échos, il faut s’attendre à un « nouveau durcissement des relations » entre les deux pays. Cet événement majeur dans la région « révèle un durcissement de ton de la part de l'Arabie Saoudite face à l’Iran en faisant sauter le pion Hariri, écrit encore France Culture. Toute la région devrait subir les secousses de cette nouvelle donne. » Quelques jours avant cette démission, Le Monde sortait un papier sur le lancement d’un mouvement d’opposition au Hezbollah par… des personnalités chiites qui se disent « Libanais en premier, chiites en second. »

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