Iran : réconciliation nationale ou épuisement de la République
04 January, 2018
Les trois éditoriaux du quotidien réformiste, dont nous publions l'extrait, publiés entre le 31 décembre 2017 et le 2 janvier 2018 reflètent l’esprit de la presse iranienne qui suit attentivement la vague des contestations, mais aussi le destin de la République islamique d'Iran.
Jame'e now | Photo: La police contrôle Téhéran | Fars

Jeudi :

Une seconde voie

Les événements de ces derniers jours nous ont rappelé la nécessité de reconsidérer les méthodes de la gouvernance dans le pays, ainsi que le rapport que l’Etat entretient avec le peuple. Ce qui rend nécessaire cela, c’est l’image que les citoyens iraniens ont de l’Etat. La majorité des citoyens du pays ne sont pas toujours ceux qui sont filmés en criant des slogans contre le Président de la République mais ceux qui mesurent le bilan économique, social, culturel et politique de l’Etat. Ils dénoncent l’existence et l’ampleur de la corruption admise par tout le monde et qui a affecté une grande partie de l’appareil étatique. Ils s’opposent au fonctionnement irrationnel économique de l’Etat et à son intransigeance à l’égard de la culture et de la société. Ils refusent l’injustice. La majorité est mécontente de tous ces disfonctionnements et cherche une opportunité pour donner voix à leurs revendications.

Comment donner la possibilité à cette majorité d’exprimer sa voix ? Telle est la question qui se pose aux hauts responsables du gouvernement et aux autres organes de l’Etat.

Seules deux solutions s’offrent à eux :  soit réprimer les revendications et les mécontentements, soit faire rentrer la société dans un dialogue constructif et lui octroyer le droit de la parole et de la manifestation. Toutefois, il ne faut pas confier l’ouverture de cette deuxième voie rationnelle seulement à ceux qui sont en colère contre ceux qui ont voté, il y a six mois, Hassan Rouhani. Il faut la confier aussi, avant que cela soit trop tard, à ceux qui ont été capables de « répéter » leur vote. [L’article fait allusion au Président Mohammad Khatami avait encouragé les citoyens à « répéter » leur vote en faveur de Hassan Rouhani.] C’est l’heure de la réconciliation nationale.

Vendredi :

Une autre logique?

Contrairement à son appellation, la cellule de crise n’est pas censée être un lieu de tension. Même si nous avons connu la logique de « tenaille », de répression, chère à Bagher Ghalibaf, [figure conservatrice, ancien général des Gardiens de la Révolution et ex-candidat aux présidentielles qui était un des responsables de répression des étudiants lors des manifestations en 1999], aujourd’hui, dans des circonstances actuelles et similaires il ne faut pas pour autant la laisser revenir.

Jusqu’à aujourd’hui, [troisième jour des contestations] nous n’avons pas vu tant d’attitudes inappropriées de la part des forces de l’ordre. Hassan Rouhani prend bien soin d’écarter ceux qui croient à la logique de la « tenaille », c’est à dire de la répression violente.

L’attitude des forces de l’ordre face aux manifestants semble répondre à une attitude plus tolérante et plus modérée qu’auparavant. Si Rouhani confie le maintien de l’ordre seulement aux forces de polices, il empêche l’intervention de ceux qui n’ont pas la responsabilité en la matière c’est à dire les Gardiens de la Révolution et les Basidjis. Nous pouvons espérer que son attitude conduise à la fin des manifestations. Mais avant cela, il faut en finir avec la propagande qui accuse le peuple mai aussi faire baisser l’émotion qui incite les citoyens de rester dans les rues.

Samedi : 

La solution ?

Les enquêtes de la rédaction de “Jamé’e Farda” montrent que même la médiation des partis politique ayant une base sociale considérable est restée inefficace et sans issue pour contrôler les tensions sociales et empêcher l’extension des contestations en violence. Cela veut dire qu’il ne reste personne pour engager le dialogue avec cette société dans la rue.

Le résultat fatal d’une telle situation n’est que l’escalade vers une situation plus grave et plus violente. C’est ce qui risque d’arriver si les confrontations parviennent à dépasser les obstacles et que, par conséquent, la situation s’aggrave dans la durée. Par conséquent, si les confrontations deviennent plus violentes, les forces de l’ordre pourraient opter pour davantage de répression.

On attendait des réformistes, en tant que les quasi-alliés de l’Etat depuis plus d’une vingtaine d’années, plus de réalisme en ce qui concerne la mesure de la situation. Mais il semble que dans leur abstention dans le processus de contrôle et de résolution du problème, on peut observer une sorte de crainte de l’échec et de perte de crédibilité. Il est même possible que certains pensent qu’en laissant le temps faire les choses, ils pourraient en retirer quelques avantages politiques. Si c’est le cas, le calcul est rapidement fait et mènera à l’épuisement de la République islamique.

Nous sommes face à une impasse. L’Etat n’a pas envie de réprimer les manifestants, il n’est pas non plus convaincu qu’elles vont aboutir à un résultat. Pourtant, ce manque de solution pacifiste, c’est comme une voiture sans frein dans une route qui descend et qui finit par s’exploser. L’utilisation de l’arme à feu par l’Etat est le pire scénario qui pourrait se réaliser et doit être évitée.

 

 

Jame'e now
Journal en ligne réformiste. L'un des nombreux quotidiens né dans l'ère de Hassan Rouhani sous le logo "Jame'e farda", mais rapidement arrêté sa publication papier à cause des problèmes financier. Cela coïncide avec la vague de contestations massives contre la situation économique à travers du pays.
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