Littérature franco-iranienne #1 ; Maxime Abolgassemi et sa « Nuit persane »
13 September, 2018
Comme Maxime Abolgassemi, la deuxième génération des Franco-iraniens marque une présence très réussie sur la scène littéraire française et francophone. L’auteur de « Nuit persane », paru chez Erick Bonnier, a répondu à nos questions.

Le roman présenté par l’auteur :

Il raconte l’histoire d’un jeune français, Mathieu, qui s’installe en Iran avec sa famille d’expatriés et entre en seconde à Râzi, le lycée franco-iranien de la capitale. Nous sommes en 1976, il y découvre un pays d’apparence occidentalisé et très familier. Mais très vite une autre réalité va se révéler à lui : celle d’un Iran en crise, qui, sans le savoir, va accoucher d’une Révolution. Nuit persane est donc aussi le récit minutieux de ce qui s’est passé entre 1976 et fin 1978, et qui a conduit à un tremblement de terre historique et géopolitique : la Révolution iranienne de 1979.

Maxime Abolgassemi

Quel a été le déclic pour écrire Nuit persane ?

Un rêve ! Je débarquais à nouveau à l’aéroport de Téhéran durant l’été 1977, avec les amis et la famille que, pour la plupart, je n’ai jamais revus depuis. Et tout était incroyablement précis, réel, scintillant, comme certains rêvent réussissent à nous en offrir l’expérience. Ce qui était magique, c’est que je connaissais la suite de ce qui allait m’arriver, et arriver à ce pays, et j’allais pouvoir tout revivre en pleine conscience pourrait-on dire… Je me suis réveillé avec un sentiment de joie intense. Et j’ai compris que je devais écrire cette histoire. Et que, si je réussissais, mon lecteur serait comme le rêveur : il pourrait tout éprouver de ce moment historique, tout revivre avec une émotion renforcée par la dimension tragique de ce qui avait eu lieu depuis.

Quelle influence a la langue persane sur votre écriture ?

Aucune directement, et c’est très dommage car le persan est pour moi un horizon désiré et toujours fuyant… Mais je la fréquente, cette langue, par l’écoute depuis toujours. Et j’ai beaucoup lu sur « l’âme de l’Iran », ses poètes, ses philosophes. Je me suis ainsi inspiré d’une lyrique mystique à la fois typiquement persane mais aussi telle qu’elle a été réécrite, par Aragon par exemple, pour certains passages presque poétiques, car Mathieu ne va pas s’arrêter à la Révolution. Les étapes de sa formation de jeune homme vont prendre la forme de véritables révélations, le conduisant à celle, ultime, de l’amour. Et l’amour, en terre d’Iran, est enrichi d’une dimension exceptionnelle. Comme Mathieu va apprendre du persan avec sa « maîtresse » Leyli, la jeune Iranienne de sa classe qui est passionnée de littérature, on trouve aussi dans le roman la présence charnelle de cette magnifique langue, sa sensualité propre.

Qu'aimeriez-vous dire à un lecteur français sur l'Iran ?

J’ai justement beaucoup rencontré de lecteurs qui rentraient d’un voyage de découverte en Iran : ils avaient perçu dans l’accueil incroyablement chaleureux des Iraniens des affinités profondes que l’on a oubliées durant ces dernières décennies. L’amitié entre la France et la Perse remonte pourtant au XVIIème siècle, et avant 1979 les rapports étaient forts : songeons simplement à tous ces étudiants français qui avaient la chance de se voir offrir un stage d’étude en Iran… Pour des raisons qui s’expliquent, nous avons refoulé cette époque où le Chah d’Iran, pour le pire aussi, faisait la couverture des magazines people, et où la langue française était couramment pratiquée par une large partie du gouvernement (Roi et Premier ministre en tête). Nuit persane est donc aussi l’occasion de rappeler ces liens séculaires entre nos deux pays, et donner envie de découvrir cette culture merveilleuse. Il faut dire que le grand public, ici en France, n’a jamais perdu le contact avec les productions si riches des Arts visuels iraniens (cinéma, photographie, bande-dessinée…).

Peut-on déterminer un thème principal dans votre travail de romancier(e) ?

Oui, ce serait certainement l’exil. Mathieu est exilé en Iran, non parce qu’il a quitté la France, mais parce qu’au bout d’un moment il ne peut plus y retourner. Une inscription profonde l’a relié définitivement à l’Iran. L’exil, qu’est-ce que c’est ? Le passage d’un monde à l’autre, la renaissance dans une autre langue, le sacrifice du passé pour se (re)construire. Cela me fascine. C’est exemplairement celui des migrants, celui des réfugiés, mais aussi celui de l’artiste, et peut-être même de toute personne ! A l’exil, la rupture et la différence, répond le rapprochement des êtres, par delà les malentendus culturels ou idéologiques. La Révolution radicalise les positions, c’est son côté passionnant, tout paraît tranché et net. Or si j’aime que mes personnages s’affrontent, comme Mathieu et son père par exemple, je crois beaucoup au pouvoir du roman d’éviter les simplifications, de rapprocher les personnes, de comprendre les êtres sans les juger.

Votre prochain roman sera-t-il en rapport avec l’Iran ?

Pas directement… Ce roman reviendra sur un moment historique plus récent : l’été 2015, et tous ceux qui ont fui en nombre la Syrie à partir de la Turquie, pour gagner les côtes grecques, et l’Europe. Le parcours dramatique d’un jeune Syrien proposera une sorte d’énigme… Pour saisir ce qui lui est arrivé, le lecteur devra mener une (en)quête policière. Comme tout cela résulte de mouvements révolutionnaires des « Printemps arabes », les troubles et la guerre civile à partir de février 2011, je me demande si je ne vais pas finalement écrire une sorte de trilogie sur la Révolution !

 

Le samedi 22 septembre 2018 à 19h, Maxime Abolghassemi présentera son roman au public à la librérie Utopiran Naakojaa au 89/91 rue du Ruisseau, 75018, Paris.

Pour plus d'information  rendez-vous sur le site de Utopiran Naakojaa.

 

 

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