Les sanctions n’affaibliront pas la République islamique, mais plutôt Rouhani et son camp
03 November, 2018
L’Iran survivra comme il a survécu avant l’accord nucléaire en 2015 : une économie en ralentie, mais pas à genoux. En revanche, le Président iranien à droit d’être inquiet pour l’avenir de son camps au sein de l’establishment de la République islamique d’Iran.
Rooh Savar | Photo: Faraj Mohammadi - IRNA

Après six mois de bruit pour baisser l’exportation du pétrole iranien à zéro, une promesse de Donald Trump, nous sommes informés de l’existence d’une liste de huit pays exemptés. Ils seront autorisés à poursuivre leur rachat de pétrole de Téhéran. Ce sont les principaux acheteurs du pétrole et du gaz d’Iran. En conséquence, même si l’Iran verra une baisse considérable de sa vente d’énergie, il ne va pas subir un « choc», comme le promettait le président américain.

une économie en ralentie, mais pas à genoux.

Selon Amir Ali Abolfath, l’économiste iranien, « ce sera plutôt le marché de l’énergie qui va subir un choc». Une éventuelle augmentation du prix du pétrole compensera en partie la perte de la vente pour l’Iran, selon le même économiste. Pour le reste, l’Iran survivra comme il a survécu avant l’accord nucléaire en 2015 : une économie en ralentie, mais pas à genoux.  

À la différence de la précédente vague de sanctions internationales de 2006 à 2015, durant laquelle quasiment toute la communauté internationale se montrait solidaire contre l’Iran, cette fois-ci il n’y a pas un consensus multilatéral. Pour l’instant, la Chine, le premier acheteur du pétrole et du gaz d’Iran, se montre déterminée pour contourner, d’une manière ou d’une autre, des embargos unilatéraux annoncés par Donald Tramp.

Pour aller plus loin : Qui sont les huit pays exemptés des sanctions américaines 

L’Europe aussi a annoncé qu’elle est à la recherche de mettre en place un système de transaction bancaire indépendant du contrôle de l’administration américaine pour rassurer le commerce de ses entreprises avec l’Iran. Certes, ce système ne résoudra pas le blocage des grande entreprises, vulnérable par leur présence sur le marché américain, mais il débloquera la voie commerciale entre des milliers TPEs dont leurs affaires ne sont pas exposées à l’extraterritorialité des sanctions des États-Unis.

Les autres alliés d’Iran cherchent chacun de leur part une issue de sortie. Ce vendredi le 2 novembre à Antalya, le G8, (le groupe de huit pays musulmans dont Turquie, Malaisie, Égypte, Bangladesh, Pakistan, Indonésie, Nigeria et Iran) se sont montrés, grosso modo, solidaires avec l’Iran. Les échanges commerciaux entre des pays membres du G8 dépassent 150 milliards de dollars. Mais un objectif de 500 Md est fixé par les membres. Mevlüt Çavuşoğlu, le ministre des Affaire étrangère turc a annoncé, en marge du sommet G8, que son pays va commencer avec l’Iran, mais aussi avec la Chine, la Russie et l’Ukraine, avec sa monnaie nationale mais pas avec le dollar américain. « Appuyer sur sa devise nationale dans une époque où certains pays l’utilisent comme un moyen de pression politique, nous semble une nécessité », affirme-t-il selon IRNA.

Les Iraniens face à deux options  

Ce qui est évident, c’est que l’Iran subira moins de pression économique par rapport la vaguede sanction précédente. La République islamique d’Iran peut tenir contre les embargos unilatéraux des États-Unis comme il l’a fait avant, même si son développement économique va rencontrer un ralentissement considérable.  Mais cette nouvelle n’est en rien un bonne nouvelle pour le président réformiste Hassan Rouhani. Il sait que son camp est déjà affaibli. Il a promis à son peuple un fleurissement de l’économie grâce aux retombés de l’accord international conclu en 2015. Mais la vérité c’est que, malgré une courte période de croissance considérable, les Iraniens sont conscients que leur économie aujourd’hui reste bloquée.

Pour les électeurs, peu importe le responsable, entre Rouhani ou Trump. La vérité c’est que la stratégie de leur Président n’a pas fonctionné pour autant. C’est un climat favorable pour un retour des conservateurs au pouvoir lors des présidentielles de 2021. Un déjà-vu par le passé, lors qu’aux États-Unis le Bush junior arrive aux pouvoir, de 2001 à 2009. Le mandat de ce dernier coïncide avec un président réformiste en Iran, Mohammad Khatami (1997-2005), qui était pour l’ouverture du pays. On connait la suite, l’émergence du populiste, Mahmoud Ahmadinejad et le retour des tensions.

Or, la vraie crainte en Iran c’est la monté de désespoir dans la société civile. Déçu de la communauté internationale, ils peuvent se retrouvés partagé entre deux solution : soit s’abstenir aux urnes ou d’autres processus démocratique pour faire avancer le pays, soit se tourner vers les plus dures afin de trouver un remède au sentiment d’injustice qu’ils ressentent à cause de la décision unilatérale des États-Unis qui leur paraît injuste et incompréhensible.

En tout cas, le Président Rouhani se trouve piégé par la situation. Il sait que son pays arrivera à passer cette phase dure et compliqué de son histoire. Mais il est conscient de la situation extrêmement critique de son camp au sein de l’establishment de la République islamique d’Iran

 

 

Rooh Savar
Fondateur et directeur de la publication de Lettres Persanes
© 2016 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.