La renaissance de Zayandehrud, c’est un rêve possible
22 February, 2019
Sans une seule goutte d’eau pendant deux ans, le Zayandehrud a vu de nouveau de l’eau courant dans ses veines, mais seulement pendant vingt jours. Depuis maintenant plusieurs années, le « fleuve fertile » connaît une grave crise de sécheresse. Mais peut-on trouver une solution ?
Esfehan-é Emrouz | Naser Hajian | Photo: Marzieh Rezazzadeh - IMNA

Selon les autorités, il est possible que l'eau coule à nouveau au printemps 2019 dans le fleuve.  Pour répondre à cette question il faut d’abord connaître les origines du problème. Zayandeh Rud qui veut dire littéralement  en persan « fleuve fertile » ou « le fleuve qui donne naissance », prend sa source dans les monts Zagros à 3974m d’altitude dans la province de Chahar Mahal Bakhtiari. Il  se jette après un cours de 400 km dans le lac Gavkhuni qui est aujourd’hui disparu. Jusqu’au années 1960 la distribution de l’eau se faisait sur la base du Tomar, document attribué à Sheikh Bahaï, qui divisé l’eau en 33 parties pour les huit régions principales de la province.

Le barrage de Zayandeh Rud ( anciennement nommé Chah Abbas) situé dans la ville de Chadegan a été inauguré en 1972 avec une capacité de 1,4 milliard de mètres cubes d’eau. Ce réservoir alimente maintenant plus de 5 millions d’habitants des régions centrales de l’Iran en eau potable, industrie et agriculture et joue un rôle particulier sur l’écosystème et la vie des espèces végétales et animales du centre du pays. Il est également nécessaire pour éviter des inondations.

La crise de l’eau à Ispahan commence au début des années 1990 sous la présidence de Ali-Akbar Hachemi Rafsandjani avec le transfert de l’eau du fleuve vers la province de Yazd. Au files des années, le transfert de l’eau vers d’autres provinces notamment Kerman avec ses pistachiers, l’installation de grandes industries (centrales d’électricité et  des raffineries) a côté du fleuve, la construction des barrages illégales dans la province de Chahar Mahal Bakhtiari où se trouve la source de Zayandeh Rud à des fins d’agriculture, la surpopulation et le réchauffement climatique sont tous des raisons pour lesquelles Zayandehrud se trouve aujourd’hui dans une situation d’extrême sécheresse. 80% de la consommation de l’eau est consacrée à  l’agriculture, 10% à l’eau potable et 7% pour l’industrie (ex. l’acier).

Pour régler le problème il faut d’abord avoir conscience qu’il s’agit d’un problème national. Toutes les parties prenantes doivent se rassembler autour de la table pour négocier (les collectivités, le gouvernement, les agriculteurs). Une agriculture moderne nécessite des investissements importants. Une prise de conscience de la gravité de la crise écologique dans le pays et la nécessité d’une transition énergétique. Le cœur du problème est un problème de gestion. Il existe deux autorités sur le fleuve et la gestion du fleuve n’est pas unifiée entre les responsables des deux provinces de Ispahan et de Chahar Mahal Bakhtiari. Ce qui rend très compliqué de trouver des solutions pour une meilleure gestion de la crise. Les sanctions américaines ne rendent pas la tâche facile aux iraniens.

Il ne s’agit pas juste d’un fleuve mais de l’esprit de la ville d’Ispahan. En effet la sécheresse du fleuve a eu un effet très négatif sur les habitants de la ville mais notamment sur les touristes.  

Ce qui se passe aujourd’hui à Ispahan peut arriver demain à n’importe quelle autre province.

Esfehan-é Emrouz
Quotidien régional d'Ispahan.
© 2019 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.