Champ gazier : la presse iranienne tiraillée sur le rôle des « Gardiens »
22 March, 2019
La majorité des quotidiens iraniens ont affiché en une l’inauguration récente de nouvelles phases de développement de South Pars, le plus grand champ gazier du monde situé dans le golfe Persique.

« Ensemble, nous pouvons et nous allons vaincre les sanctions américaines. » Tel était le mot d’ordre affiché par le président Hassan Rouhani lors de son déplacement, dimanche 17 mars, dans la ville de Kangan (province de Bouchehr), au sud-ouest du pays, sur les bords du golfe Persique. Là où est situé ce gigantesque champ de gaz naturel, exploité conjointement par le Qatar, dont la zone d’extraction est appelée « North Dome », et l’Iran avec « South Pars ». Téhéran a investi 10 milliards de dollars (11 milliards selon certaines sources) dans ce champ découvert dans les années 1970 et qui contribuerait à 70% de la production en gaz du pays. Il a donné lieu à la constitution de différentes phases de développement. Chaque phase recouvre ainsi une zone de travail. Côté iranien, on en dénombre 24, pour certaines mises en service au début des années 2000.

Ce dimanche 17 mars, quatre nouvelles phases (13, 22, 23 et 24) ont été inaugurées donnant lieu à une large couverture par la presse iranienne le lendemain. La plupart des titres, des conservateurs aux réformateurs, ont salué un développement qui s’apparente à une victoire face aux sanctions américaines. Mais outre l’aspect purement énergétique et économique, certains quotidiens ont mis avant le rôle des Gardiens de la révolution dans ce projet d’ampleur. C’est le cas du journal ultra-conservateur, Kayhan, l’un des rares à accorder plus de place sur sa une à la nouvelle mobilisation des « gilets jaunes » en France.

En plus d’afficher une photo de Hassan Rouhani entouré d’une douzaine d’ingénieurs pétroliers, le quotidien s’en est pris ouvertement à la presse réformiste, estimant qu’elle minorait voire « censurait » l’importance des Gardiens : « Il semblerait qu'ils [les réformateurs] se comportent avec obstination envers les Gardiens dont la réussite sur ces projets est incontestable. En vérité, ils les ont censurés puisqu'ils savent bien que cet exemple d’autosuffisance est susceptible de rompre leur côte de sympathie [auprès du peuple]. »

Le retrait de Total va-t-il profiter aux Gardiens ?

Traitement logiquement similaire pour Javan, le journal des Gardiens. Ce dernier a publié en une la photo de Rouhani tourné vers les installations et accompagné par son ministre du Pétrole, Bijan Namdar Zangeneh.

Dans le dos du président, on note la présence d’un troisième homme en civil, méconnu au grand public : Saeed Mohammad, patron depuis octobre 2018 de Khatam al-Anbia, la société d’ingénierie dépendante des Gardiens, qui a pris part aux phases de ce projet. En titre, le journal a donné le ton : « Vitesse maximale au tournant des sanctions », tout en citant les trois hommes qui célèbrent cette inauguration comme une victoire pour le pays.

Le journal réformateur, Arman, a fait un autre choix en affichant un Rohani tout sourire sur un tapis rouge aux côtés de son ministre alors que Saeed Mohammad, juste derrière eux, est exclu du cadre.

« Certains ne soulignent pas les gloires du gouvernement, a noté le président cité. Pourtant, les hauts responsables sont élus par le peuple, ainsi toute gloire revient au peuple. » Rouhani a bien salué le travail des ingénieurs mais n'aurait fait aucune allusion directe à la participation des Gardiens de la révolution durant cette cérémonie.

La position des Gardiens est scrutée de près en Iran, surtout depuis l’annonce, en août dernier, du départ de Total. Le géant français, impliqué dans la phase 11 du projet en partenariat avec le groupe public chinois CNPC, a préféré se retirer à cause d’un risque lié aux sanctions américaines jugé trop fort. Or, Saeed Mohammad a assuré que sa structure était prête prendre le relais de Total.

© 2019 Lettres Persanes. Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu du site est strictement interdite sauf autorisation écrite de Lettres Persanes.