De la désignation des Gardiens comme organisation terroriste à la fin des dérogations d’achats de pétrole iranien : [revue de la presse internationale]
21 May, 2019
Chaque mois, Thinkestân vous prépare une revue des meilleurs analyses parus dans la presse internationale concernant les enjeux géopolitiques, politiques et économiques. Voici la revue de presse du mois d'avril 2019.
Photo: Thinkestân

Experts Warn Latest Trump Administration Move on Iran Could Backfire

 

Le président américain supprime à compter du 2 mai les dérogations accordées à huit pays importateurs de pétrole brut en provenance d’Iran. Certains responsables américains et des experts pensent que cette décision pourrait se retourner contre les intérêts des États-Unis en provoquant des réactions négatives de pays comme la Chine, la Turquie et l’Irak.

La Grèce, l’Italie et le Taïwan ont cessé d’acheter du pétrole iranien mais cela n’est le cas de la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Turquie. John Walcott s’intéresse dans cet article aux éventuelles conséquences de cette mesure sur les relations que les États-Unis entretiennent avec d’autres pays, notamment avec la Chine, premier client du pétrole iranien.

« L’Irak, qui reste instable, est particulièrement vulnérable car les importations de gaz naturel et d’électricité iraniens sont essentielles à son économie » a déclaré Suzanne Maloney, experte sur l’Iran à la Brookings Institution de Washington. La Turquie qui est membre de l’Otan et joue un rôle important dans la crise syrienne est également un grand client du gaz iranien.

«Et quelle est la stratégie de l’administration Trump à l’égard de l’Iran? Même si c’est un changement de régime ou le fait de forcer l’Iran à se retirer de la région, cette décision récente n’a aucun but. Cela pourrait éventuellement inciter l’Iran à donner à l’administration un prétexte pour une action militaire. Mais comment cela changerait-il l’équilibre à l’avantage de l’Amérique? » explique Aaron David Miller, expert du Moyen-Orient et vice-président du Woodrow Wilson International Center for Scholars à Washington.

Selon l’auteur, l’intensification des pressions économiques contre l’Iran n’incitera probablement pas ce pays à changer son comportement. Les responsables iraniens attendront jusqu’aux prochaines élections présidentielles aux États-Unis.

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Trump’s Iran terrorist designation is designed to lock in endless enmity

 

Déclarer le Corps des Gardiens de la révolution comme organisation terroriste sert sans doute les intérêts d’Israël et de l’Arabie saoudite, et rend encore plus difficile un futur rapprochement entre les États-Unis et l’Iran selon Trita Parsi.

Les adversaires régionales de l’Iran ne souhaitent pas un rapprochement stratégique entre les États-Unis et l’Iran car il mettrait en danger leurs propres intérêts.

« Obama a sagement compris qu’une pression maximale conduirait finalement à un Iran atomique ou à bombarder l’Iran. Cela ne mènerait pas à la capitulation de l’Iran. Il a donc décidé de négocier secrètement avec les Iraniens à Oman et a tenté l’impensable : le compromis. » Selon l’auteur de l’article, « Ça a marché. La flexibilité américaine a suscité la flexibilité iranienne. La bonne volonté engendre la bonne volonté ».

« Si la campagne de pression maximale n’a jamais pu résoudre le problème nucléaire, elle pourrait permettre à Israël et à l’Arabie saoudite de réaliser leur véritable objectif : pousser les États-Unis à une guerre avec l’Iran ou les piéger dans un état d’inimitié permanent avec ce pays » continue Trita Parsi.

Pour l’auteur de cet article, les États-Unis et l’Iran ont tout intérêt à négocier et aller vers une normalisation de leurs relations.

Le véritable effet de la décision américaine pour l’auteur est que « cette désignation est conçue pour réduire la marge de manœuvre des futures administrations américaines. Elle est conçue pour que les futurs présidents soient résignés à l’idée que les États-Unis sont pris au piège de l’inimitié permanente avec l’Iran – même si une hostilité permanente à l’égard de ce pays important n’est d’aucune utilité pour la sécurité nationale des États-Unis ».

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International law and the Iranian revolution

 

Dans cet article, Scott R. Anderson, s’est intéressé à l’attitude de la République islamique d’Iran vis-à-vis du droit international, de la prise d’otages de l’Ambassade américaine à l’accord de Vienne.

Selon l’auteur, au début de la révolution de 1979 et avec la prise d’otage à l’ambassade des États-Unis le 4 novembre 1979, l’État iranien viole « un ensemble de règle juridiques internationales très respectées qui joue un rôle fondamental dans les relations internationales ». Les États-Unis décident ainsi de saisir la Cour internationale de justice (CIJ) d’une plainte le 29 novembre 1979.

Le 19 janvier 1981, avec l’aide du gouvernement algérien, les Iraniens et les Américains trouvent un accord sur un ensemble d’engagements visant à mettre fin à la crise des otages, surnommés les accords d’Alger. Ces derniers donnent naissance à un « arbrital tribunal » intitulé « the Iran-United States Claims Tribunal » (IUSCT).

Mais l’ironie de l’histoire : 40 ans après la Révolution iranienne les rôles ont été inversés et l’Iran se trouve aujourd’hui du côté du droit international.

« À la différence de la crise des otages, [l’Iran] s’est tourné à plusieurs reprises vers la communauté internationale à la recherche de secours. » nous explique l’auteur de l’article. « Dans les années 90, l’Iran a déclaré devant l’IUSCT que les sanctions économiques et d’autres politiques américaines violaient l’obligation de ne pas interférer dans les affaires intérieures de l’Iran énoncée dans les Accords d’Alger. »

L’auteur continue « jusqu’à récemment, les États-Unis semblaient satisfaits de répondre consciencieusement à ces accusations et de défendre la légalité de leurs politiques. Mais en octobre 2018, l’administration Trump a réagi à l’arrêt de la CIJ concernant l’accord de Vienne par le retrait des Etats-Unis du Traité d’amitié. »

Selon Scott R. Anderson, « les États-Unis depuis leur retrait controversé du JCPOA en 2018, se retrouvent largement seuls face à l’Iran. Le Conseil de sécurité de l’ONU refuse de rétablir les sanctions multilatérales contre l’Iran parce qu’il respecte les termes de l’accord ».

Durant les quatre décennies qui ont suivi la Révolution iranienne, les responsables du régime ont adopté une voie pragmatique et stratégique en ce qui concerne le droit international. Les États-Unis de leur côté, prennent aujourd’hui la voie de l’unilatéralisme et du non respect des traités internationaux.  

Lien vers l’article : International law and the Iranian revolution

Iran Should Reconcile With America

 

Malgré la campagne de « pression maximale » des États-Unis contre l’Iran, Brian Hook, représentant spécial des États-Unis pour l’Iran et conseiller principal en matière de politique auprès du secrétaire d’État Mike Pompeo, explique les potentiels avantages d’un rapprochement entre les deux peuples dans cet article.

« N’est-il pas temps d’abandonner les politiques qui séparent les peuples d’Iran et des États-Unis depuis 1979? » se demande Brian Hook.

« Les peuples des États-Unis et de l’Iran devraient avoir des relations diplomatiques. Nous pouvons prévoir une nouvelle ambassade américaine à Téhéran délivrant des visas aux touristes, aux voyageurs d’affaires et aux enseignants. Il devrait également y avoir des vols directs de Téhéran à New York ou à Los Angeles. Avant la Révolution, l’Amérique était le deuxième partenaire commercial de l’Iran. Ce devrait être encore le cas. Avant la Révolution, 50 000 étudiants iraniens étudiaient dans les universités américaines. Des relations renouvelées ouvriraient la porte à d’énormes possibilités. »

L’auteur continue « Avec des relations ouvertes entre les États-Unis et l’Iran, nous pourrions ensemble réduire la grave pollution de l’air à Téhéran, construire des maisons résistant aux tremblements de terre à Kermanshah, offrir de nouveaux traitements médicaux aux anciens combattants de la guerre Iran-Irak et restaurer l’eau du lac Urmia et du fleuve Zayandeh. »

Seulement Brian Hook critique par la suite la volonté du régime iranien d’exporter sa révolution dans la région. Selon lui, l’État iranien joue un rôle déstabilisateur dans la région et les Gardiens de la révolution et autres institutions liées au Guide de la Révolution mènent l’Iran au chaos. Un changement de comportement fondamental du régime est ainsi nécessaire si les Iraniens souhaitent renouer leurs relations avec les États-Unis.

Lien vers l’article : Iran Should Reconcile With America

Iran’s Changing of the Guards

 

Le 21 avril, le Corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran (IRGC) a eu un nouveau commandant : Le général Hossein Salami, qui remplace le major général Mohammad Ali Jafari. Un changement inattendu selon les auteurs de cet article, Nader Uskowi et Omer Carmi.

Ayant rejoint les Gardiens de la révolution au début de la guerre Iran-Irak, il eu par la suite de nombreuses responsabilités. Commandant des forces de l’air de 2005 à 2009, au cours des dix dernières années, il a été commandant adjoint des Pasdaran.

Pour les auteurs de l’article, cette nomination peut être la conséquence de deux échecs du major général Jafari. « Premièrement, les Gardiens font face à de vives critiques nationales pour leur incapacité à faire face aux inondations massives dans plusieurs provinces iraniennes. Deuxièmement, au cours de l’année écoulée, l’Iran s’est battu sans succès pour contrer la «pression maximale» du Président américain Donald Trump à l’égard de l’Iran. »

Pour le moment, il est trop tôt pour comprendre les conséquences de cette nomination, mais le général Salami est célèbre pour ses déclarations anti-américaines. Il tient une position plus dure. Sa nomination peut être interprété comme un durcirent du régime iranien et de sa stratégie dans la région. Une nomination qui a eu lieu que quelques jours après la décision américaine de mettre le Gardiens de la révolution sur leur liste des organisations terroristes, concluent les auteurs de l’article.

Lien vers l’article : Iran’s Changing of the Guards

 

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